Reprise de « L’Affaire Makropoulos » à l’OnR

11 février 2016 Par Elodie Martinez | 1 commentaire

Du 7 au 18 février, l’Opéra national du Rhin redonne L’Affaire Makropoulos de Janacek à Strasbourg avant de descendre à Mulhouse pour une date unique le 27 février. Il s’agit là de la reprise de la mise en scène de Robert Carsen donnée pour la première fois dans cette même salle en 2011 avant d’être revue à Venise en 2013. On retrouve d’ailleurs actuellement la plupart des interprètes qui étaient déjà réunis. Malheureusement, on ressort de la salle sans être totalement conquis, notamment par l’orchestre et son chef.

Note de la rédaction :

L’Affaire Makropulos est un opéra relativement court (comptez deux heures, entracte compris), condensant une histoire fantastique comme on n’en voit très rarement portée à nos oreilles. Emilia Marty est une cantatrice de renom, mais comment ne pas l’être avec 300 années d’expériences et d’exercice? La grande Ellian MacGregor, Elsa Müller ou encore la gitane Eugenia Montez ne sont que trois des nombreux noms pris au fil des générations par Elina Makropoulos. Toutefois, si les identités changent, les initiales restent les mêmes, écrites en gros sur les malles que nous voyons au dernier acte : « E.M. » Le tout est donc de suivre l’histoire originale de cette tricentenaire prête à tout pour récupérer une formule écrite sur papier donnée jadis à un ancien amant… Nous nous retrouvons alors sur fond de guerre de succession du dit amant durant laquelle arrive Emilia Marty, illuminant l’affaire de ses sagesses, informant de l’existence d’un fils qui se trouve être également le sien. Elle n’a cependant que faire de sa descendance : pensez-vous! Si elle devait se soucier de toute sa progéniture dans le monde…

C’est d’ailleurs sur la succession des rôles tenus par l’héroïne que Robert Carsen ouvre l’oeuvre, toujours dans une logique théâtrale : le rideau est au fond de la scène, faisant de la scène les coulisses et nous permettant d’observer les nombreux changements éclairs de costumes. Disons-le tout de suite : difficile de ne pas penser à Capriccio en voyant ce travail et cette scène finale où l’héroïne se trouve seule sur un plateau nu. Une véritable continuité se dégage donc dans le travail du metteur en scène, toujours intelligent et fluide, sans oublier bien entendu ce sens de l’esthétique qui le caractérise particulièrement. C’est toutefois sa collaboratrice Laurie Feldman qui assure cette reprise et non Robert Carsen lui-même.

Le rôle-titre est tenu par Angeles Blancas Gulin, dont le jeu est parfait dans l’indifférence et la froideur, tout autant que dans la manipulation et le caractère parfois hautain d’E.M. Aucun problème ici, même si nous n’aurions pas été contre davantage d’empathie durant la scène finale. Le masque tombe et la femme forte et pleine d’assurance renonce à la vie, lassée et usée par ces 337 années d’existence durant lesquelles son corps a survécu, mais vidée de son âme au fur et à mesure. Si la lassitude du personnage se fait bien ressentir, peut-être l’héroïne est-elle encore trop « froide » (ce qui est paradoxale puisque la froideur de son corps est justement un point sur lequel le texte appuie). Le jeu fonctionne donc assez bien, mais la voix fait entendre ses limites dans les notes les plus aiguës qui sont alors stridentes, tandis que les médiums ont une belle teinte ambrée. Les plus graves sont malheureusement difficiles à juger, non à cause de la cantatrice mais plutôt de l’orchestre.

En effet, comme ne pas noter la direction trop sèche de Marko Letonja ce soir de Première? Certes, la partition de Leos Janacek est loin d’être aisée, mais de là à résonner de manière aussi rêche et âpre dans cette salle à l’acoustique apparemment déjà assez sèche… Il y a là une absence totale de moindre rondeur tout au long de la représentation et un véritable manque d’équilibre entre plateau et fosse avec l’impression que le chef ne prend pas en compte les voix. Peut-être cela fut-il dû au stress de la Première et rétabli dès la deuxième représentation.

Autre voix féminine, Sophie Marilley dans le rôle de Krista. Soyons honnêtes, il est difficile de lui reprocher son jeu et les notes sont là, manquant globalement de nuance sans que cela ne soit des plus choquant, mais elle ne parvient pas à convaincre totalement. Les voix masculines, quant à elles, sont plus que louables. Raymond Very offre un superbe Albert Gregor, de même qu’Enrico Casari un Janek de toute beauté. Jaroslav Prus est ici interprété par Martin Barta qui sait lui donner une très belle profondeur et toute sa puissance de baryton. Il en va de même pour Enric Martinez-Castignani en Dr Kolenaty, Guy de Mey en Vitek ou encore Andreas Jaeggi dans le déjanté Hauk-Sendorf.

Un article signé E(lodie) M(artinez)…

© Alain Kaiser


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