Premier récital triomphal à Paris du ténor italien Vittorio Grigolo (TCE, 16/01/2012)

17 janvier 2012 Par
Yaël Hirsch
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Le jeune ténor à l’ascension fulgurante avait déjà fait grand effet dans le rôle de Rodolfo dans « La Bohême », cet été à Orange. En remplacement de dernière minute d’Andrea Bocelli, dans la série majestueuse des « Grandes voix », il a envoûté la salle exigeante du Théâtre des Champs Élysées dans un récital au répertoire mixte : Opéra / chanson folklorique italienne. A peine âgé de 35 ans, cette étoile montante de l’Opéra n’a certainement pas fini de charmer les mélomanes…

Après Juan Diego Florez, Rolando Villazon et Jonas Kaufmann, la 20e saison des Grandes voix accueillait hier soir pour une première parisienne le phénomène Vittorio Grigolo. Accompagné par l’orchestre Lamoureux, dirigé d’une main de fer par la chef d’orchestre canadienne Keri-Lynn Wilson et accompagné par le guitariste Daniele Bonaviri et la soprano Carmen Giannattasio, le ténor a littéralement emporté le public qui battait dans les mains, et s’est même surpris à applaudir au milieu de certains titre d’un programme 100 % italien.

Né à Arezzo (Toscane) mais élévé à Rome, Vittorio Grigolo a connu l’ascension lyrique la plus fulgurante des dernières années : après avoir débuté à 23 ans à la Scala sous la direction de Ricardo Muti, il a chanté dans les plus grands opéras du monde face à des divas telles que Anna Netrebko ou Angela Gheorghiu. Son premier album d’airs classiques d’opéra « The Italian Tenor » (Sony, 2010) le propulse au sommet. Et la révélation est confirmée par son deuxième opus, « Arriverderci » (Sony), sorti à l’automne dernier, où le ténor brille dans un répertoire plus folklorique. Hier soir, son timbre cuivré et sa phénoménale puissance de voix ont ébouriffé le public du TCE. Cabotin dans l’âme, quand Vittorio Grigolo donne un récital, il joue chacun des airs qu’il interprète, passe autant de temps à genoux pour saluer le public que debout à tourner autour de la chef d’orchestre. Extrêmement bien bâti, il n’hésite pas à tomber la veste pour exhiber d’impeccables pectoraux sous une chemise moulante et noire… Par ailleurs, cet habitué des versions américaines et australiennes de « danse avec les stars » n’hésite pas esquisser quelques pas, voire même à accompagner le formidable guitariste Daniele Bonaviri de quelques battements de flamenco. Bref, du théâtre, de la danse, du glamour, du mouvement : la vie même !

La première partie de la soirée reprenait le programme du premier CD du ténor, avec pratiquement que des grands classiques que le jeune ténor a offerts avec grâce et maestria. Décidant de placer le récital sous le signe de la mémoire des 40 touristes italiens qui ont trouvé la mort sur le « Concordia », il a commencé en fanfare dans un aria virevoltant qu’il a entonné en petit frère de Cecilia Bartoli. Puis est passé au Trouvère avec fierté et classicisme. Aux côtés de la soprano italienne Carmen Giannattasio, il a repris lumineusement les arias phares de la Bohême de Puccini, avant d’entonner une version puissante et maîtrisée de « Una furtiva Lagrima »(L’elixir d’amour, Donizetti). Et avant l’entracte, il a essayé d’être un peu moins débordant de joie pour transmettre avec une technique toujours impeccable) toute l’émotion du Mario Cavaradossi condamné à mort qui pousse son chant du cygne avec  « E Lucevan le Stelle ».

Dans la deuxième partie de la soirée, c’est le deuxième album du ténor « Arrivederci » qui donne le la. Sur des airs traditionnels aussi bien romains (Chitarra Romana de Eldo Di Lazzaro) que napolitains (« O paese d’o Sole » de Vincenzo d’Annibale), Vittorio Grigolo a quitté la posture du ténor et n’a pas hésité à parfois brusquer un peu l’orchestre pour reprendre de manière impromptue certains refrains, dont un quasiment a cappella à peine soutenu par son guitariste. Applaudissant à tout rompre après chaque performance, le public ne s’est pas fait prier pour battre dans les mains pendant le concert. Celui-ci s’est terminé par un délicieusement interminable « O Sole mio » où Grigolo et Carmen Giannattasio ont rivalisé de puissance de voix, tenant des notes d’une hauteur et d’une longueur improbable. Après un long speech de remerciement plein d’émotion et en excellent français, où le ténor a proclamé son intention de creuser un répertoire français qu’il a commencé à maîtriser avec le Werther de Massenet et un peu d’Offenbach, les bis ont plu sur le TCE, dont un beau duo de la Traviata, toujours avec Carmen Giannattasio, dont la voix forte, presque métallique se perche avec élégance sur le timbre rond et cuivré du Ténor déjà superstar.

Au milieu des longs applaudissements, des voix se sont élevées dans le public pour demander à Grigolo de très vite revenir enchanter Paris…

 

 

Premier récital triomphal à Paris du ténor italien Vittorio Grigolo (TCE, 16/01/2012)

Informations Pratiques


Liens: Site officiel de Vittorio Grigolo




Vittorio Grigolo - Dancing With The Stars par Codebear2