Nabucco à Saint-Etienne : l’ombre par la lumière

8 juin 2016 Par Elodie Martinez | 2 commentaires

Les 3, 5 et 7 juin, l’Opéra de Saint-Etienne donnait dans (et hors) ses murs le Nabucco de Verdi dans la mise en scène de Jean-Christophe Mast. Le spectacle tant attendu affichait complet pour les trois dates, c’est pourquoi une retransmission en direct et en plein air a été organisée lors de la représentation de dimanche. Là aussi, place Jean Jaurès, le succès a été au rendez-vous pour cette superbe nouvelle production de l’Opéra de Saint-Etienne.

Note de la rédaction :

Saluons d’entrée de jeu ce qui est une des très grandes réussites de cette production, à savoir sa mise en scène.  Jean-Christophe Mast semble avoir pris le temps nécessaire à une réelle réflexion sur l’oeuvre. Dieu merci, non seulement nous avons échappé à l’horreur d’une mise en scène qui voudrait tambouriner l’actualité de l’oeuvre à coup de costumes et cravates présidentiels ou bien, pire encore, à coup de conflit Israelo-palestinien, mais nous avons en plus découvert une mise en scène intelligente et universelle. Plutôt que de fermer le conflit dans une actualisation déplacée, Jean-Christophe Mast l’a ouvert à l’universalité. Comme aux échecs, comme dans le Yin et le Yang, ou bien comme dans beaucoup de symboles, le conflit et l’opposition se manifestent ici par la dualité des couleurs : aux Hébreux le blanc, aux Babyloniens envahisseurs le noir. Plus loin encore et également travaillés, les maquillages aussi s’opposent : la couleur froide qu’est le bleu pour les Babyloniens face à la couleur chaude qu’est le rouge pour les Hébreux, la première principalement sur la partie supérieure du visage, la seconde sous les yeux. Enfin, on note un traitement des costumes de Jérôme Bourdin qui ne s’arrête pas au jeu des couleurs mais qui va au-delà en donnant un aspect traditionnel pour le peuple croyant et un aspect plus futuriste au peuple guerrier, sans jamais aller trop loin dans ces traits.

Le même homme est au commande des décors, simples mais efficaces grâce au jeu de tours qui se lèvent, se posent, restent suspendues, symbolisant « des clolonnes du temple de Jérusalem, de la Babylonne triomphante, les dédales d’un palais où se noient les alliances politiques, les sous-sols obscurs où se trame la résistance,… » Le choix n’est bien entendu pas anodin : comme le rappelle le metteur en scène dans sa note d’intention, les tours « ont toujours représenté l’orgueil humain, la tentative de l’homme de se hisser à la hauteur de sa divinité ». La simplicité apparente de ce décors permet alors de très beaux jeux d’éclairage, jouant entre ombre et lumière.

Côté fosse, David Reiland offre une direction dans la lignée de ce que l’on pouvait attendre après sa superbe Tosca ici-même en novembre dernier. Une riche palette de couleurs se déploie à nos oreilles, l’harmonie est parfaite, la lecture est nette et fidèle. La baguette du chef semble être la tour admirablement maîtrisée pour hisser la musique à ses sommets à l’aide de l’Orchestre Symphonique de Saint-Etienne.

Qu’en est-il alors des voix? Le Choeur a ici une importance cruciale et le célébrissime « Va pensiero » est bien sûr très attendu. Si le Choeur lyrique Saint-Etienne Loire ne nous a jamais déçu, il faut bien admettre qu’il s’est ici surpassé et qu’il se hisse à un haut niveau d’excellence du début à la fin de l’oeuvre.

Le rôle-titre est ici tenu par André Heyboer qui peine à briller durant la première partie, manquant peut-être d’une certaine majesté et surtout d’orgueil dans son interprétation. Une fois débarrassé de sa cuirasse plastifiée et du caractère orgueilleux du personnage, il offre un bien meilleur Nabucco dans la seconde partie, tant dans son jeu que dans sa voix alors plus colorée et moins entravée. Cependant, le rôle qui supplante tous les autres est sans surprise Abigaïlle interprétée par Cécile Perrin dont l’incarnation emporte la fille adoptive du roi aux frontières de la folie avec une troublante crédibilité et une véracité tout aussi impressionnante. Quel dommage que les aigus puissants, magistraux, parfois à la limite du stratosphérique, ne soient pas accompagnés de médiums et surtout de graves tout aussi superbes. Sans oublier un grand nombre d’attaques difficilement passées avant l’entracte. Pour elle aussi, la deuxième partie est plus réussie, mais les bémols concernant ses graves restent d’actualité.

Sa soeur Fenena, sous les traits de Marie Karall, laisse pour sa part entendre une voix certes moins sollicitée mais joliment arrondie et bien projetée. Le personnage est quant à lui touchant sous les traits de la mezzo-soprano qui fait une belle Fenena. Beau également l’Ismaël de Jean-Noël Briend qui, même s’il ne transporte pas le personnage jusqu’aux Cieux, lui prête une voix très agréable et fait un amoureux des plus crédibles. Enfin, Nicolas Cavallier offre un Zaccaria excellent et tout-à-fait remarquable.

Ainsi, malgré nos quelques bémols, cette nouvelle production de l’Opéra de Saint-Etienne est une très belle réussite qui mérite largement le succès de ses représentations.


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