Lumière sur Iolanta et Perséphone à l’Opéra de Lyon

16 mai 2016 Par Elodie Martinez | 9 commentaires

Du 11 au 26 mai, l’Opéra de Lyon offre deux opéras pour le prix d’un en présentant à son public la production du diptyque Iolanta/Perséphone donnée l’été dernier au Festival d’Aix-en-Provence. Si la comédienne Dominique Blanc est ici remplacée par Pauline Cheviller dans le rôle de Perséphone (récitante), le reste de la distribution est quant à elle restée la même. « On ne change pas une équipe qui gagne », même s’il est difficile de faire toute la lumière sur une mise en scène parfois obscure…

Note de la rédaction :

La première des deux oeuvres jouées est donc Iolanta de Tchaïkovski, très (ou trop) peu jouée en France. L’histoire se déroule au Moyen-Âge où Iolanta, la fille du roi de Provence, René, est atteinte de cécité. Par amour pour sa fille et afin de la préserver, son père décide de ne rien lui dire sur le mal dont elle est atteinte (mais est-ce vraiment un mal?) Il interdit quiconque de prononcer la moindre parole pouvant lui laisser entendre qu’elle est privée d’un sens : le vocabulaire de la lumière ou bien des couleurs est par exemple banni en sa présence. Parallèlement, le roi fait venir un médecin pouvant guérir sa fille, mais ce dernier lui explique qu’il ne pourra tenter une guérison qu’à l’unique condition que Iolanta soit informée de son état. L’amour passe alors par là en la personne du comte Vaudémont, fidèle ami de Robert, duc de Bourgogne normalement promis à Iolanta. Toutefois, tout finit bien : Robert aime en réalité une certaine Mathilde et Iolanta acceptera de recouvrer la vue afin de sauver Vaudémont.

Si la mise en scène de Peter Sellars et les décors de George Tsypin avaient suscité nombre d’éloges cet été, nous sommes pour notre part plus mitigés. Loin de trouver que le parti-pris de simplicité ne fonctionne pas, nous trouvons qu’il n’apporte malheureusement rien à l’oeuvre non plus. Toutefois, l’idée de murs et de paysages transparents, ou plutôt invisibles, de même que le vin que tend Iolanta à Vaudémont, amènent à nous faire penser que, si nous ne voyons rien de tout cela, peut-être est-ce nous qui sommes aveugles. Ce point est effectivement très intéressant et intelligent. Sans décor superflu, nous sommes ramenés à l’essentiel : l’oeuvre. Les 4 chambranles apportent également l’idée d’un passage, très symbolique ici, et les jeux de lumières apportent tout le relief à l’ensemble. Malgré cela, nous restons un peu sur notre faim concernant la mise en scène, ce qui n’est pas le cas des voix présentes.

Ekaterina Scherbachenko est une Iolanta superbe à qui on peut difficilement reprocher quoi que ce soit : legato, technique, jeu,… Jouer une femme aveugle à l’opéra n’est pas une chose si aisée, les interprètes devant souvent suivre des yeux le chef. L’exercice est ici réalisé avec un naturel remarquable. Ses partenaires ne déméritent pas non plus : Dmitry Ulyanov dresse un roi René emprunt de bonté et d’amour pour sa fille avec une voix de basse parfaitement adaptée au rôle. Arnold Rutkowski est pour sa part Vaudémont, bel amoureux plein d’ardeur, tandis que Vasily Efimov (Alméric) et Pavel Kudoniv (Bertrand) offrent des rôles secondaires d’une qualité exceptionnelle. Seul léger bémol : Sir Willard White dans le rôle du médecin. Si la voix et la technique sont là, on note une prononciation moins bonne que celle de ses compagnons de scène. Rien de très étonnant lorsque l’on note que, contrairement à eux, il ne s’agit pas d’une langue qui lui est familière. Enfin, Diana Montague est en-deça du niveau élevé des autres personnages.

Après une telle réussite, on se serait finalement bien passé de la deuxième partie, Perséphone de Stravinsky. Peter Sellars tente de créer un lien entre les deux oeuvres en conservant le même décor et le même costume pour l’héroïne éponyme. Si ce dernier ne semble pas apporter grand chose pour Iolanta, les chambranles de porte semblent ici plus à leur place dans cette histoire entre vie et mort, entre terre et Enfers, avec le passage incessant de l’un à l’autre.

Perséphone est pour sa part interpréter par la comédienne Pauline Cheviller d’une part, et la danseuse Sathya Sam d’autre part. Saluons les deux artistes qui, chacune dans son domaine, a du donner vie au personnage. L’usage du micro ne semble cependant pas totalement maîtrisé dans cette salle, ce que nous avions déjà ressenti lors de Benjamin, dernière nuit. A n’en pas douter, la difficulté d’allier orchestre, voix nues et voix amplifiée n’est pas aisée. Une fois passé ce détail technique, on ne peut qu’apprécier le jeu et la diction de Pauline Cheviller dans ce rôle de récitante difficile.

L’idée d’intégrer à la production une troupe de danseurs cambodgienne permet d’occuper la scène lors des pauses musicales nombreuses, même si le bruit des pas glissant sur le sol devient finalement quelque peu parasite. Quant à Paul Groves (dans le rôle d’Eumolpe), il paraît manquer d’entrain. Difficile de lui en vouloir, car malgré les talents évoqués, le livret et même l’oeuvre générale manquent généralement d’attrait.

Enfin, les Choeurs de l’Opéra de Lyon s’affichent ici à leur plus haut niveau, malgré des chorégraphies imposées dont on ne saisit pas toujours l’intérêt des mouvements. L’idée de mouvements collectif est toutefois esthétiquement très belle. L’Orchestre, sous la direction de Martyn Brabbins, met également les partitions en valeur avec une belle palette de couleurs.

Deux opéras pour le prix d’un, certes, mais on aurait préféré que le premier soit respecté (sans coupures et ajouts), et l’on se passerait finalement du second après la qualité de Iolanta.


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comments

COMMENTAIRES:

  1. CHAUVE Vital

    D’où est extrait le (magnifique) choral a cappella de la fin?
    Liturgie de st Jean Chrysostome?

    1. Elodie Martinez

      Bonjour,
      La représentation remontant à quelque temps déjà, j’ai préféré demander à l’un des choristes de l’Opéra avant de vous répondre. Malheureusement, cela remontait également un peu loin pour lui. Je préfère donc ne rien vous affirmer, mais de mémoire c’est fort possible…
      Navrée de ne pouvoir mieux vous répondre sur ce point.

  2. LayLink

    j’aime bien le jugement sur Perséphone « l’oeuvre manque généralement d’attraits » :-)
    On sait bien que nos jugements ne jugent que nous-mêmes..
    mais malgré tout lorsqu’on n’étaie son sentiment d’aucun argument technique, un petit « pour moi », « à mon sentiment », ou même « à mon goût » pourrait nous donner l’air moins péremptoire (?)
    Ce n’est que MON sentiment :-)
    Les critiques doivent se farcir quantité de spectacles, il y a la fatigue, c’est pas facile, j’imagine !
    Mais si on entre vraiment dans l’oeuvre texte et musique c’est un recueil un enchaînement de trouvailles, d’invention, de solutions à chaque seconde, Stravinski s’est épuré d’une façon magistrale..
    Je pensais qu’en 2016 toute cette période appelée commodément « néo-classique » de l’oeuvre du musicien était enfin appréciée comme celle de ses ballets de jeunesse. Mais apparemment pas encore…
    Mon prof m’a révélé beaucoup de ces coups de génie tout en finesse

    https://www.youtube.com/watch?v=eoFIQyjzzUE

    https://www.youtube.com/watch?v=zVhD_6ZtFuQ

    1. Elodie Martinez

      Bonjour,
      Navrée que vous ne voyez pas dans cet article le reflet de vos sentiments suite à la représentation à laquelle vous avez assistée. Peut-être était-ce mieux le soir où vous y étiez, ce dont je me réjouis pour vous. J’ai l’impression que cela vous a touché personnellement, ce qui est dommage…
      Pour répondre rapidement à votre question entre parenthèse, il ne s’agit pas ici d’un blog et nous avons une ligne éditoriale : nous évitons donc d’employer la première personne du singulier car le but n’est pas de livrer nos sentiments mais rester le plus objectif possible. Si j’avais écrit de manière subjective, j’aurais été bien plus difficile car je n’ai pas passé une bonne soirée (mais cela est principalement dû à mes goûts personnels). Je ne vois cependant pas le ton « péremptoire » dont vous parlez… Peut-être mêlez-vous cela à l’objectivité que je tente de conserver. Il n’est également pas possible de trop étayer un article car il deviendrait trop long, il faut donc faire des choix. Le livret est disponible et était même en ligne sur le site de l’Opéra de Lyon lors de la mise en ligne de l’article : les personnes souhaitant le lire par elles-mêmes afin de « juger » de son attrait pouvaient et peuvent encore le faire. Je ne prétends pas détenir la vérité absolue! Malheureusement, l’ensemble des personnes avec qui j’ai parlé de cette double production étaient d’accord et parfois plus virulentes que moi…
      De plus, j’ai dit d’autres choses positives sur cette deuxième partie de soirée, et c’est sur ce que j’ai vu et entendu ce soir-là que se base l’article. Tant mieux si voua avez passé un meilleur moment que moi, je m’en réjouis sincèrement! J’espère que vous aurez vite l’occasion de revivre un beau moment tel que celui-ci :-)

  3. LayLink

    Pensez-vous que le lecteur imagine en lisant une critique dont soient rayés tous les « je », qu’elle ait été rédigée par une puissance flottant au-dessus du monde, une divinité lucide dégagée des contingences matérielles de l’humain ?

    « … Nous évitons donc d’employer la première personne du singulier car le but n’est pas de livrer nos sentiments mais rester le plus objectif possible  »

    Nos jugements ne jugent que nous-mêmes. Ecrire « La soirée a pas été bonne, la soirée n’a pas été bonne » est dire « j’ai trouvé que la soirée était bonne (ou non) » et rien de plus.

    Il est vrai que Stravinski de son côté jugeait durement les gens dont le métier est de donner leur sentiment : « La critique retarde la compréhension des oeuvres. »

    Quand au nombre de ceux qui sont de notre avis – avis positif, avis négatif peu importe – j’aime beaucoup la réflexion de Valéry:

    « Il fallait être Newton pour voir que la terre tombe, là où tout le monde voit bien qu’elle ne tombe pas. »

    Mais nous avons rarement la modestie de réduire notre jugement à nous-mêmes.
    On aime ce qu’on peut, pour la plupart. Côté critique, côté spectateur, côté réception sourcilleuse ou naïve d’une chose qui (en principe) représente beaucoup de travail – quand nous n’avons que le plaisir d’en jouir ou le déplaisir de ne pas apprécier.

    Oui bien sûr j’ai la partition (pas seulement le livret) de Perséphone et la soirée n’était pas pour moi une découverte de l’oeuvre. Peut-être – aurait-ce été pour moi la première audition – aurais-je été moins réceptif, peut-être cette musique et cette poésie veulent-elles une plus longue pratique, un plus long commerce pour être pleinement goûtée. « Le travail se goûte, comme le goût se travaille » dit en rigolant mon prof (Louis Latourre) mais il n’est pas 100% pianiste ça s’entend !
    Merci en tout cas d’avoir publié mon commentaire, c’est tout à votre honneur de ne pas bloquer ce qui ne va pas tout à fait dans l’approbation..

    1. Elodie Martinez

      Ce n’est pas la peine de vous montrer « agressif », je ne vous attaque pas, je tâche simplement de vous répondre et de vous expliquer :)
      Je ne me suis jamais comparée à une « divinité » ni à une « puissance flottant au-dessus du monde », et si j’ai écrit que le but est de rester « le plus objectif possible » et non simplement « objectif », c’est bien parce que tout le monde sait qu’en matière de spectacle il est difficile de supprimer toute part de subjectivité. Je ne me souviens pas avoir écrit que la « soirée n’a pas été bonne », à part dans ma dernière réponse où je spécifiais qu’elle ne l’avait pas été pour moi et que si j’étais simplement restée subjective, l’article aurait été bien plus négatif. Seulement j’ai fait au maximum la part des choses.
      Si « nous avons rarement la modestie de réduire notre jugement à nous-mêmes », cela touche également les « jugements » positifs. Une oeuvre laisse rarement un public entièrement d’accord. C’est là une chose assez stable dans les arts du spectacle!

      Je pense (mais il s’agit là d’un avis personnel) qu’une oeuvre qui n’est accessible et appréciable que par une « longue pratique » et son étude n’est pas « réussie » : pour moi, la musique est un langage universel et doit donc pouvoir être comprise par tous. Que l’on découvre d’autres dimensions, des sens plus cachés, des messages plus obscurs, etc… par l’étude, cela est normal et je suis d’accord. Mais il faut tout de même pouvoir comprendre et apprécier par soi-même sans avoir à passer par l’étude. Je le pense également de la lecture : pas besoin de savoir ce qu’est une hypotypose, une analepse, une anacoluthe, etc… ou d’avoir étudier une pièce de théâtre à l’université pour en apprécier ou non une représentation. Cependant, en avoir certaines clefs permet de voir et d’entendre plus de choses. Et comme en musique, les désaccords sont nombreux. Corneille en a fortement fait les frais! :)

      Enfin, contrairement à ce que vous semblez vouloir penser et affirmer, je suis ouverte aux opinions divergentes puisque je suis la première à dire que je ne détiens bien évidemment pas la vérité absolue. Vous aimez cette oeuvre, c’est tout à votre honneur et j’en suis ravie pour vous. Je conçois qu’on l’apprécie. Vous devriez également essayer de concevoir que cette appréciation puisse ne pas être partagée et discutable :) Il y a tellement de choses discutables dans la vie, les opinions (ou observation « les plus objectives possibles » tout comme les sentiments naturellement subjectifs) en étant les premiers exemples.

      Toutefois, vu vos connaissances, ne pensez-vous pas qu’il serait intéressant que vous les partagiez? Vous pourriez ainsi expliquer ou encore défendre des productions comme vous le faites ici. Si vous écrivez pour un site, un magazine ou bien un blog, je serais heureuse que vous m’en informiez afin de vous lire également. (Je suis sincère : j’aime lire des opinions qui ne vont pas dans mon sens, cela permet aussi de voir des choses que l’on n’a malheureusement pas vues, ou bien d’apprendre, ou bien de confirmer que l’on n’est vraiment pas d’accord :) )

      Je vous souhaite une belle saison! Peut-être aurons nous l’occasion d’être à nouveau en désaccord (ou bien en accord pour changer) sur l’une des prochaines productions! :)

  4. LayLink

    merci de prendre la peine de me répondre si patiemment.

    Bizarre tout ce que vous me dites, sur le fait que je puisse comprendre que l’on soit d’accord ou pas etc. (?) Mais … Il ne s’agit nullement de cela

    Mais simplement de ceci :

    Je n’aurais pas posté le moindre commentaire si je n’avais lu de vous :
    « « l’oeuvre en général manque d’attraits ».
    Cela m’a semblé si curieux qu’en 2016 on puisse toujours traiter aussi « légèrement » un travail aussi considérable.

    Je dis « toujours, en 2016″ en raison de tout ce que l’on sait que la critique a pu à travers les siècles verser de poubelles sur la tête des musiciens, poètes, peintres, architectes, sculpteurs…, et que la comparaison entre le coût de ces exécutions d’un trait de plume (de clavier d’ordi aujourd’hui) et le coût de travail d’une oeuvre d’art devrait inciter à la prudence critique.
    Cela oui je le pense, mais je n’ai pas à vous dire ce que vous devez faire ou non. Mon opinion n’a aucune importance.

    Pourquoi distinguez-vous Corneille parmi les victimes de la critique ? TOUS ! tous se sont fait insulter massacrer démolir par la critique.. Et même les artistes se démolissent entre eux, depuis toujours rappelez-vous Aristophane et Euripide !

    Mais les artistes sont des gens qui ont double sensibilité, celle de ressentir (comme tout être humain), et celle de transcrire ce ressenti pour le partager. Alors ils sont particulièrement vulnérables, ils s’exposent comme nus.

    Voilà ce qui (pour ma part) m’incite à ne pas dire d’une oeuvre quelle qu’elle soit qu’elle « manque d’attraits ». Mais je n’ai pas d’ordre à vous donner heureusement ! :-)

    Au passage : Perséphone n’a rien d’intellectuel ni de compliqué, la science harmonique de Stravinski est discrète et l’on en perçoit la beauté sans avoir besoin de connaître tous les dessous techniques de son écriture.
    Ce que je voulais dire sur cette oeuvre et que je semble avoir mal exprimé (au vu de votre réponse) c’est qu’elle offre un visage peut-être un peu lisse, et demande donc du spectateur comment dire ? une porosité corps et âme plus sensible, plus déliée que pour la réception par exemple du Sacre.
    Au regard du texte de Gide aussi bien, même invention, qui abonde en trouvailles de détail dont la liste est infinie..
    « Je n’ai pas besoin d’ordre, et me rends de plein gré
    Où non point tant la loi que mon amour me mène.
    Et je vais pas à pas descendre les degrés
    Qui conduisent au fond de la détresse humaine »

    Il suffit de dire ces vers lentement, intensément en soi-même pour en goûter la richesse sensorielle. C’est un plaisir physique simple, dont on n’a pas besoin d’entrer dans le détail technique pour le goûter certes, mais dont les gens du métier poétique comprennent que l’écriture demande pas mal de travail et que la réussite est assez étonnante.
    Il est vrai que ni le collège ni le lycée ne nous ont habitués à goûter ce type de réussite poétique, Baudelaire et Rimbaud (et Corneille, le Cid bien sûr – rien d’autre !) font à peu près tout ce que l’école obligatoire enseigne et c’est déjà pas mal ! Ensuite c’est le siècle XX, Dada, surréalistes, structuralistes… Mais ça efface beaucoup d’autres trésors, dont la qualité d’émotion qu’ils répandent demande un peu plus de disponibilité peut-être.

    Par ailleurs, autre sujet, « l’universalité du langage musical » n’est plus celle du vieil eurocentrisme. Ethnomusicologie, électroacoustique, bioacoustique même ont complètement transformé notre écoute. La plus grande invention, la plus révolutionnaire invention dans le monde musical dit justement Messiaen est celle de l’enregistrement. Nous pouvons entendre et goûter (ou non) le récitatif aux huit timbres de l’opéra chinois, l’extrême virtuosité du kriti de l’Inde, le « chant chuchoté » du Burundi..
    Je ne sais ce que Mozart aurait trouvé d’ « universel » là-dedans, sinon le besoin qu’a l’homme de plus ou moins timbrer et sculpter son souffle, où qu’il soit né dans le monde, et d’exprimer le charme vocal et l’énergie vitale de son être via les filtres culturels de ce qu’il a reçu de tradition de ses pères (et de ses pairs).

    Je sais que là aussi, comme partout, s’expriment des opinions, s’exercent des critiques, c’est aussi une manière d’exister que de donner son avis – a fortiori si c’est notre métier.

    Mais n’oublions pas – un autre exemple entre mille – les injures versées sur Debussy à la première de Pelléas.. 10 ans de travail acharné pour aboutir à la rigolade de la salle !

    « Et si ma musique allait ne pas plaire à Dieu » préfère se demander l’auteur meurtri ! Je suis sûr que vous le comprenez.

    Debussy dit aussi, fort joliment :
    - « L’idéal serait d’arriver à produire l’oeuvre
    qui empêche de formuler quoi que ce soit qui ressemble à une opinion. »

    Pour ne pas lui en vouloir il suffit de se mettre une seconde dans la peau de l’artiste ulcéré..

    Merci de m’avoir lu, je n’ai rien d’agressif comme vous le voyez :-)

    1. Elodie Martinez

      Merci également de me répondre, je trouve notre discussion intéressante.
      Je manque malheureusement de temps pour vous écrire convenablement car, contrairement à ce que vous semblez penser (mais peut-être ai-je mal compris), la rédaction sur ce site n’est pas mon métier. Le mois de septembre est donc extrêmement chargé et je ne voudrais pas bâcler ma réponse à votre message si travaillé et complet.
      Je ne réponds donc que sur un ou deux points sans trop m’étayer, en espérant que vous ne m’en voudrez pas et que vous comprendrez.

      Je citais Corneille comme exemple pour illustrer justement la généralité. Etant à l’origine de la querelle des Anciens et des Modernes, je le trouvais assez emblématique pour tenir ce rôle, tout simplement. D’autant plus que, à titre personnel, j’aime énormément cet auteur.
      Vous écrivez : « Ce que je voulais dire sur cette oeuvre et que je semble avoir mal exprimé (au vu de votre réponse) c’est qu’elle offre un visage peut-être un peu lisse, et demande donc du spectateur comment dire ? une porosité corps et âme plus sensible, plus déliée que pour la réception par exemple du Sacre. » Si à la première lecture je pourrais comprendre que vous dîtes par là que les personnes n’appréciant pas cette oeuvre manquent tout simplement de sensibilité d’âme (ce qui est tout de même assez fort et blessant, ce qui ne semble pas être dans vos intentions), je préfère comprendre que vous parlez en réalité d’un certain type de sensibilité, ni plus ni moins importante qu’une autre. Nous en revenons donc au ressenti et à la subjectivité. Malheureusement ce soir-là, nous avons été très nombreux à ne pas « accrocher », voire à nous ennuyer durant cette partie de la soirée. La conclusion reste donc la même que celle déjà énoncée : chacun est sensible à certaines choses et non à d’autres. Cependant, ici, je maintiens qu’après la première partie, celle-ci semblait globalement « pauvre », y compris par son livret. Le souvenir étant trop lointain, je ne peux malheureusement pas me souvenir d’autre chose que de l’impression globale.
      Toutefois, vous relevez l’une des rares phrases négatives écrites sur la soirée. Je prends justement toujours en compte la sensibilité des artistes dont je parle et tente de dire les choses sans les blesser… A part pour les metteurs en scène, j’en conviens! :-) Le compositeur qui nous occupe n’étant plus de ce monde, il est vrai que je n’ai pas pris de gant. Je note donc, grâce à vous, qu’il me faudra être plus prudente à ce sujet lors de mes prochaines sorties et tâcher de prendre un peu de place pour argumenter davantage, tout en restant assez brève pour respecter la taille de l’article.
      On apprend toujours bien plus de ses erreurs que de ses réussites!
      Mon avis sur la partition reste toutefois la même, et c’est pourquoi je ne pense pas me rendre à nouveau à un récital ou à un opéra de Stravinski.
      Enfin, même si je suis loin d’injurier le moindre compositeur, je n’aime pas du tout le Pelléas de Debussy… Du moins, pour le moment : les goûts évoluent avec le temps! Je crois qu’avec ceci, je rentre pour vous définitivement du côté des « opposants »… :-)
      Merci pour vos messages et le temps que vous prenez également.

  5. LayLink

    Je soupçonnais (sans être grand devin) que vous n’aimiez pas Pelléas !
    Croyez-moi ou non, j’ai failli le préciser dans mon commentaire précédent, mais n’ai-je pas été suffisamment long et rasoir déjà :-)
    Cette prescience ne prouve rien du tout ! Mais j’ai pu vérifier qu’il existe en effet des types de sensibilité que je qualifierais de « natives », et qu’aucune fréquentation, qu’aucun commerce, que nulle longue accoutumance avec les oeuvres qui ne nous attirent pas ne pourra altérer.

    Mais beaucoup de ceux insensibles à certaines oeuvres ont tôt fait d’en déduire gentiment qu’elles « manquent d’attraits » !

    On accuse toujours la fleur d’être sans parfum.. On n’accuse jamais la conformation de son nez.
    Encore une fois, votre exécution sommaire du Gide-Stravinski « manque d’attraits » est la seule chose qui m’ait fait réagir. Que vous n’aimiez pas cette oeuvre ne me chagrine pas.. Si vous saviez tout ce que je suis incapable d’écouter plus d’une minute vous verriez que je n’ai pas à faire le malin.

    Il est vrai que votre argument sur la quantité des gens bien d’accord avec vous a quand même un peu citronné la plaie !
    Je vais vous arracher une larme : Enfant j’étais seul chez moi à essayer d’écouter du « classique », et comme je disais la beauté et la richesse de mes découvertes et qu’il y avait peut-être en musique autre chose que la pop, je m’entendais asséner par ma tante – née sous le signe du Bélier (!) – cet argument définitif : « Mais t’es le seul à dire ça.. » ) (Eh oui, seul contre toute la famille.. L’argument quantitatif, la bombe atomique, encore !)

    « Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d’être faux » Valéry n’a pas trop tort. Mais peu importe, maintenant que nous nous connaissons vous et moi, un peu moins mal.

    Surtout surtout que tout soit bien clair : aucune hiérarchie de sensibilité, juste des différences. J’ai remarqué plusieurs fois dans vos réponses une interprétation de mon propos comme une réaction en lien avec « une hypertrophie de l’ego » (comme dit notre époque), ou comme « un excès d’amour propre » comme disait le siècle de notre cher Corneille.. Je me trouverais idiot de me croire intelligent d’aimer Perséphone. Je me trouverais idiot de vous trouver idiote de ne pas aimer Perséphone.

    Pas de hiérarchie, mais une constatation d’insensibilité à Perséphone, qui va jusqu’à lui dénier tout attrait. C’est pas gentil.

    En dépit de sa réalisation avec peu de moyens, la petite vidéo détaillée sur ‘Apollon musagète’ (1er com plus haut) a été chaleureusement saluée par Paul Mauffray (chef américain) dans les termes suivants :

    « … It was so inspiring for me to see that you could find those details in Apollo. I have often thought that I was the only one who loved that music and that regular listeners would not notice the beautiful subtle artistry of Stravinsky especially in this piece.

    But now I am thinking about that music more often and I may try to schedule another performance of it in 2013 grace a Vous! »

    Et encore Mauffray n’est pas l’auteur d’Apollon ! Mais il s’offre lui aussi comme nu au public, en première ligne.. dont quelques membres sont plus prompts à dégainer que leur ombre.
    Ne serait-ce que pour détailler les trésors zappés par les Lucky Luke, l’auteur de la vidéo a bien fait de la faire. Il y a bien des richesses dans ce Stravinski simplifié sous le nom de « néo-classique » (trente ans de création)..

    « c’est pourquoi je ne pense pas me rendre à nouveau à un récital ou à un opéra de Stravinski… » ??? hééééé ce n’est pas une réaction politically correct

    Il y a mille Stravinski vous devez le savoir ! des bien pires que celui de Perséphone ! :-)

    https://www.youtube.com/watch?v=x_8TakHuxqE

    Mais Mozart c’est bien aussi !

    best regards :-)

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