Le Barbier de Séville de Rossini à l’Opéra de Paris

9 février 2016 Par Victorine de Oliveira | 0 commentaires

L’Opéra Bastille reprend le Barbier de Séville mis en scène par Damiano Michieletto avec une nouvelle distribution jusqu’au 4 mars. Une réussite !

Note de la rédaction :

Dans une Séville populaire et colorée, où les troquets battent au rythme de néons bleus et les fenêtres s’habillent de linge et d’antennes paraboliques, le conte Almaviva promène berline rutilante et désir d’amour. La belle Rosine lui trotte dans la tête. « Ma », comme chanterait cette dernière, il y a un hic : son tuteur Bartolo veille jalousement sur elle, au point de l’enfermer si besoin. Il compte rien moins que l’épouser, ruses et supplications n’y changeront rien. C’est sans compter l’aide du barbier Figaro qui, pour quelques pièces d’or, s’acoquine avec Almaviva pour ravir la belle à son sinistre geôlier.

L’intrigue d’après la pièce de Beaumarchais a tout d’une comédie, et la mise en scène de Damiano Michieletto ne se prive pas d’en souligner brillamment l’aspect farcesque, voire cartoonesque. Si la façade de l’immeuble sévillan semble de prime abord un spectacle bien statique, ce n’est que pour mieux susciter la surprise alors que Figaro entonne son premier air. Le décor tourne sur lui-même, révélant l’intérieur tout aussi bigarré de la maison de Bartolo, papier-peint criard et poster de Will Smith épinglé dans la chambre de l’adolescente Rosine. Une idée dont la dynamique suit rebondissements, chutes, tourments, déceptions et joies des personnages, le tout dans une ambiance de film d’Almodovar, inspiration revendiquée par le metteur en scène.

Une idée qui a aussi le mérite de souligner l’un des enjeux de l’opéra de Rossini : la thématique de l’enfermement opposé à l’extérieur, la liberté. La jeune fille cloîtrée par le barbon Bartolo ne rêve que de faire le mur pour rejoindre son amant et convoler avec lui. Le duo Figaro/Almaviva déploiera des trésors d’inventivité, astuces et déguisements pour arriver à ses fins, jusqu’au triomphe final.

Le brio de cette production tient toutefois pour une bonne part à sa distribution hors pair. Le ténor américain Lawrence Brownlee compose un sémillant et charismatique conte Almaviva, aux côtés de la Rosine pétillante de Pretty Yende dont ce sont les premiers pas à l’Opéra de Paris. La sud-africaine, habituée de la scène du Metropolitan Opera, déploie des aigus souples, chaleureux, généreux. Le volume de Bastille comme les redoutables vocalises rossiniennes n’effraient en rien celle dont le charme insolent comme la maîtrise technique emporte les applaudissements de la salle. Browlee quant à lui rivalise de précision et de clarté même dans les acrobaties vocales les plus périlleuses. Le Figaro d’Alessio Arduini est curieusement un peu en retrait : beau timbre de baryton, mais le volume de la salle lui sied moins. Les compères Bartolo (Nicola Alaimo, baryton) et Don Basilio (Ildar Abdrazakov, basse), unis dans la filouterie, forment un parfait duo de « méchants » parfois aussi drôles qu’inquiétants – Abdrazakov susurre littéralement la menace dans l’air dit de « La calomnie ». Sans oublier la Berta d’Anaïs Constans, elle aussi pour la première fois sur la scène de l’Opéra de Paris. Un seul air, mais quelle présence ! Sa dégaine de femme jalouse et délaissée, un brin alcoolique, n’y est sans doute pas pour rien.

Si la direction de Giacomo Sagripanti reste prudente (il faut dire que le dispositif scénique complexe doit inviter à la pédale de frein plus qu’à l’accélérateur), elle se fond dans un spectacle enthousiasmant, enlevé, parfois même hilarant, servi par des chanteurs exceptionnels. De quoi faire sauter les murs et les cœurs !

Victorine de Oliveira

visuell : page facebook de l’opéra de Paris


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