Anja Harteros, une divine Tosca

20 septembre 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

C’est peu dire que la soprano Anja Harteros était très attendue cette rentrée, à l’Opéra de Paris. Habituée des rendez-vous manqués, celle qui n’a pas chanté la maréchale du Rosenkavalier de Strauss la saison dernière a cette fois offert au public de la Bastille une Tosca triomphale.

La production signée Pierre Audi reste bien terne, dépourvue de passion et bourrée de bigoteries. Pas déshonorante, mais sans direction d’acteurs, sans idées ni enjeux. La mise en scène ne repose que sur un élément scénographique et lourdement symbolique : une croix christique surdimensionnée faite en bois brun. Celle-ci aura à charge de synthétiser autorité religieuse et fatum tragique selon qu’elle est jonchée au sol pour figurer l’église Sant’Andrea della Valle à l’acte I ou qu’elle surplombe, écrasante, la scène devenue salon cossu puis lande désolée dans les parties qui suivent. Peu importe l’écrin soupire-t-on. S’agissant d’une reprise, on savait à quoi s’attendre.

On se précipitait quand même pour voir la grande Anja Harteros. Noblesse naturelle, merveilleuse musicalité, alliant pureté lumineuse et expressions plus sanguines, elle est une sublime Tosca, raffinée et engagée, émouvante et conquérante.

Face à elle, le charismatique Bryn Terfel défend un Scarpia plein d’aplomb et moins univoque que souvent, laissant deviner la suavité d’un Don Juan derrière toute la noirceur du personnage. Marcelo Alvarez est un solide et véhément Cavaradossi chanté avec plus d’ardeur rayonnante que de délicatesse. Moins poussif et plus nuancé qu’à la création du spectacle, le ténor cherche à dominer les gros effets de voix dont il est coutumier mais sans jamais atteindre les fines joliesses musicales d’un Kaufmann tout en intériorité dans le même rôle.

L’orchestre joue massif et sonore sous la conduite du chef Dan Ettinger qui réalise une direction personnelle et passionnée, en s’éternisant toutefois par moments ou n’évitant pas quelques lourdeurs et d’inutiles brusqueries comme celle qui a endommagé la fin d’un E lucevan le stelle pourtant délicatement crépusculaire et suspendu. L’affrontement que suit l’assassinat de Scarpia demeure lui un moment d’une grande intensité dramatique.

Le rideau est tombé sur une Tosca non pas flottante dans sa chute vertigineuse du haut du château Saint-Ange mais morte droite et immobile. De la même manière, le public conquis s’est levé pour acclamer debout la diva.


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: