« La Fille de neige » par Tcherniakov à l’Opéra Bastille : l’appel de la forêt

18 avril 2017 Par
Alexis Duval
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Dans une mise en scène formidable, Dmitri Tcherniakov met en valeur la dimension folklorique de l’opéra que son compositeur, Nikolaï Rimski-Korsakov, tenait pour son oeuvre la plus accomplie.

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Est-ce l’argument sylvestre mâtiné de folklore de La Fille de neige ? Est-ce l’audace de la mise en scène qui transpose le prologue, initialement prévu « près des collines rouges » et finalement installé… dans une salle de répétition de danse ? Est-ce la langue russe, à laquelle l’oreille du spectateur parisien est bien moins habituée à l’opéra en comparaison avec l’italien ou l’allemand ? On ne saurait trop dire pourquoi la première de l’opéra signé Nikolaï Rimski-Korsakov, samedi 15 avril, a désarçonné et s’est d’abord montré sous des atours fort abscons.

Certains opéras livrent au public leur sens de manière immédiate, comme une évidence. La Fille de neige est tout le contraire : une oeuvre rare, mystérieuse, presque cryptique. Et, de fait, c’est là que réside une partie de son charme et de sa beauté. C’est un palimpseste dont il faut gratter la surface pour prendre conscience du fait que, derrière la complexité apparente, se cache une ode amoureuse et une invitation à la symbiose avec la nature.

La Fille de neige, c’est l’oeuvre préférée, la fierté de son compositeur, le Russe Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908). Créé en 1882 au légendaire Théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg, l’opéra, magnifique sur le plan de la musicalité, offre un livret écrit par le compositeur lui-même d’après une pièce de son compatriote et contemporain Alexandre Ostrovski (1823-1886), qui l’est tout autant. L’histoire tourne autour du personnage Fleur de neige (en russe Snegourotchka, qu’on peut également traduire par « Fille de neige » et qui donne son nom à la pièce). Fille du Père Gel et de Dame Printemps, elle se voit menacée de mort par le Dieu du Soleil, le redoutable Yarilo.

Ballet végétal hypnotisant

Traversée par des motifs musicaux et des thématiques issus de l’imaginaire populaire russe, que Nikolaï Rimski-Korsakov a contribué à faire connaître dans une grande partie de ses oeuvres, La Fille de neige opère une entrée remarquable au répertoire de l’Opéra de Paris dans une mise en scène de Dmitri Tcherniakov. Et quelle mise en scène ! Passé la surprise initiale, on est plongé dans un village formé de chalets de bois typiques de la campagne russe. A mesure de l’avancée de l’histoire, la nature reprend le dessus. Au quatrième acte, on voit même une forêt d’arbres qui se meuvent dans un ballet végétal parfaitement hypnotisant.

Quel dommage que l’orchestration ait quelque peu étouffé les interprétations vocales lors du prologue et du premier acte. La direction du chef Mikhaïl Tatarnikov, qui fait ici ses débuts à l’Opéra de Paris, s’est révélée d’abord trop tonique pour une si subtile partition. Fort heureusement, il a retrouvé un certain équilibre dès le deuxième acte. C’est un bonheur d’entendre Aida Garifullina, la soprano qui joue Fleur de neige, à la voix si cristalline et délicate.

La véritable surprise – osons parler d’enchantement – vient de Yuriy Mynenko, qui joue le berger Lel, dont l’héroïne s’éprend, comme le reste du village d’ailleurs. Un contre-ténor pour incarner l’idéal masculin à la fin du XIXe siècle, il fallait oser. Rimski-Korsakov était allé beaucoup plus loin : la partition du berger Lel avait initialement été confiée à… une contralto. A plus d’un égard, l’interprétation de Yuriy Mynenko tient de la performance. A l’image d’un opéra qui mérite qu’on s’y plonge de tout son être.

La Fille de neige, jusqu’au 3 mai, à l’Opéra Bastille de Paris. Renseignements : www.operadeparis.fr

Crédit photo : Alexis Duval


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