[Genève] Un Cosi Fan Tutte bouillonnant à l’Opéra des Nations

1 mai 2017 Par
Yaël Hirsch
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Ce dimanche 30 avril, le Grand Théâtre de Genève délocalisé dans un cocon de bois rempli de public élégant -l’Opéra des Nations- donnait la première de son nouveau « Cosi Fan Tutte« . Dirigé par Hartmut Haenchen et transposé dans un somptueux bar par le metteur en scène David Bösch, cette version du troisième opéra de Mozart et Da Ponte était formidablement servi par des chanteurs parfaitement à l’aise dans leur jeu d’acteur bouffe. Et la révélation de la soirée était la soprano sud-ossétienne Veronika Dzhioeva.

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Dès l’ouverture, interprétée avec toute l’énergie nécessaire par l’Orchestre de la Suisse Romande, l’on sait qu’il va y avoir du mouvement dans ce Cosi Fan Tutte. Les personnages tirent eux-mêmes les rideaux et le décor imaginé par Falko Herold se met à tournoyer montrant les deux faces de la séduction : un bar monumental où Laurent Naouri (Don Alfonso) se prépare à tirer les ficelles de l’opéra et une chambre où les deux sœurs Fiordiligi (la soprano Veronika Dzhioeva, aussi géniale au chant qu’au jeu) et Dorabella (Sculpturale mezzo Alexandra Kadurina) se préparent. Tout sera donc joué, tout le temps, sur une scène scintillante où les chanteurs se donnent un malin plaisir à danser sur la musique, à tripoter de la lingerie et à partager leurs émotions avec leurs corps en mouvement.

Giulelmo (longiligne baryton Vittorio  Prato, aussi acteur de cabaret!) et Ferrando (le ténor Steve Davislim, au timbre très émouvant même s’il était souffrant pour cette première) sont très amoureux des deux sœurs. Mais sur les conseils de Don Alfonso (la basse Laurent Naouri qui continue à se bonifier et dans le jeu et dans la voix) et avec l’aide de l’impertinente Despina (parfaite Monica Bacelli, amusante mais jamais trop et qui porte parfaitement ce seul rôle un peu féministe de l’opéra), ils vont mettre au point une comédie fatale pour tester leur fidélité. Ils prétendent devoir partir pour la guerre, elles jurent fidélité éternelle. Mais quand ils reviennent masqués pour les séduire, ils prouvent que les femmes font toutes ainsi : leur cœur balance et elles trompent…

Dans le magnifique bar art nouveau où les balais deviennent barresde pole-danse, avec des costumes très « pop » années 1960 pour les filles et des habits plus rock pour les messieurs (sauf Don Alfonso et Despina en « livrée » classique), il n’y a jamais de vide sur scène et les personnages incarnent à chaque instant leur badinage. Mais ceci n’empêche pas le fin David Bösch de sortir de l’opéra bouffe pur pour faire passer quelques ombres sur le deuxième acte qui, malgré le final joyeux, est sommes toutes assez douloureux dans son constat sur l’âme humaine. Et si quelques coups d’épées font rire au milieu du fameux air « Come scoglio » de Fiordilidgi, elle n’empêchent rien : Même en mode « bouffe », on n’arrive pas à ne pas être bouleversé par la performance vocale de Veronika Dzhioeva. De même, le trio des adieux « Soave sia il vento » du premier acte est un moment où l’on retient son souffle. Et dans le deuxième acte où la lumière s’est tamisée, le « Per pieta » de Fiordiligi ainsi que le « Tradito, schernito » de Ferrando disent vraiment tout – par le biais de très grandes voix – sur la noirceur humaine de la trahison et la force de la douleur…

Nuancée et parfaitement rythmée, derrière son premier abord théâtral et comique, cette version de Cosi est un grand moment lyrique. Une spectacle à vite réserver et à négocier car il affiche d’ores et déjà complet!

visuel : CTG/ Carole Parodi


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