« Eliogabalo »: Mise en scène inaboutie de Thomas Jolly

21 septembre 2016 Par Camille Bardin | 0 commentaires

Pour l’ouverture de sa saison, l’Opéra Garnier fait un pari risqué en accueillant jusqu’au 15 octobre prochain le jeune Thomas Jolly. Notamment connu pour sa pièce Henry VI à la représentation marathonienne de 18 heures, ce jeune rouennais de 34 ans, considéré comme l’étoile montante du théâtre français, met en scène pour la première fois un Opéra baroque du XVIIe siècle.

Jusque là vierge de tout opéra, Thomas Jolly présente en ce moment Eliogabalo, une pièce baroque du XVIIe siècle Vénitien de Francesco Cavalli. Très peu mise en scène à l’étranger, elle est montée en France pour la première fois. Face à un champ des possibles considérable, Thomas Jolly a fait le choix de travailler avec des artistes relativement jeunes dont deux argentins : Leonardo Garcia Alarcon, un chef d’orchestre bercé au tango, et Franco Fagioli un contre-ténor à qui il offre le rôle principal.

Le tyran pervers Eliogabalo

Syrien arrivé à la tête de l’Empire Romain encore pré pubère, Eliogabalo est l’archétype même du personnage immoral du IIIe siècle. Cruel, il aime s’adonner au sadomasochisme jusqu’à pousser le vice au viol. Eliogabalo est mégalomane, il a l’habitude de se travestir et convoite aussi bien les hommes que les femmes. Historiquement il est reconnu comme un dictateur sanguinaire, habitué des orgies. Après quatre ans à gouverner Rome, Eliogabalo finit par être démembré puis jeté dans le Tibre par sa garde Pétro Bienne.

« Me voici homme transformé en femme. En taureau, en cygne, en pluie d’or, S’est métamorphosé Jupiter ; je change moi aussi d’aspect, et je ne vaux pas moins que le Dieu tonnant. »

Eliogabalo, Acte I, Scène 14.

Une mise en scène aux contrastes décousus

Si la finesse musicale de cet opéra est indiscutable, la mise en scène qu’en fait Thomas Jolly est inaboutie. Les acteurs montent ou descendent sur une plateforme dépouillée, imaginée par Thibault Fack, qui avance et recule au gré des scènes. Le géni de Thomas Jolly est perceptible qu’à quelques instants comme lorsque Eliogabalo plonge dans une eau de feuilles d’or, symbole de la démesure qui l’habite ou encore lors de l’érotique bal masqué des patriciennes. Mais malgré ce dernier épisode, Jolly propose une mise en scène aseptisée, loin du personnage extravagant d’Eliogabalo.

Même lors des moments forts de l’Opéra, lorsque le décor se développe, on découvre des accessoires très peu cohérents avec le ton qu’a donné Thomas Jolly à la pièce. Comme notamment à la fin du deuxième acte, lorsque l’empereur a décidé d’organiser un banquet, sa nourrisse Lenia et son confident Zotico dépose sur une table nappée un pichet en verre aux dorures travaillées, contraste décousu avec la sobriété du reste de la scénographie.

A la lumière, le jeune Antoine Travert. Créateur lumière de vingt-neuf ans, il sculpte l’espace jusqu’à parfois prendre le dessus sur les décors de Thibaut Fack.

Maud Le Pladec, véritable génie de cet Eliogabalo

Etonnement la pièce atteint l’apogée de son esthétisme à la fin des deux premiers actes. La chorégraphe Maud Le Pladec organise la dissolution d’un gigantesque bouquet se transformant en une multitude de hiboux de mauvais augures et imagine l’arrivée de danseurs dénudés à la grâce envoûtante. Les costumes de Gareth Pugh subliment alors ces instants délicats.

On en veut plus. Impatient de découvrir la fin du dernier acte, qu’on imagine dans la lignée des deux premiers, on ne peut qu’être immensément déçu. Le tableau de fin est grotesque. Il brise l’harmonie musicale et créer la gène dans un public plus amusé qu’effrayé.

Pour cette première représentation de l’Opéra baroque Eliogabalo, Thomas Jolly développe une mise en scène sage, peut être un peu trop. On attend plus de celui à qui beaucoup offre le statut de nouveau prodige du théâtre.

Visuel: Agathe Poupeney


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