« Der Rosenkavalier » : une farce viennoise ! à voir à l’opéra Bastille jusqu’au 31 mai

12 mai 2016 Par Magali Sautreuil | 1 commentaire

Le plus aimé et le plus joué des opéras du compositeur allemand Richard Strauss (1864-1949) se tient en ce moment et jusqu’au 31 mai 2016 à l’opéra Bastille à Paris. Dès ses débuts en 1911 à l’opéra de Dresde, il connaît un formidable succès. Il est composé de trois actes chantés en allemand (bavarois) sous-titrés en français et en anglais, soit quatre heures de spectacle, entrecoupées de deux entractes d’une demi-heure, durant lesquelles le spectateur peut se délecter de cette mascarade viennoise, où s’entremêlent passions amoureuses, fourberies et conflits de générations.

L’histoire se déroule à Vienne, durant les premières années du règne de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche, reine de Bohême et de Hongrie (1717-1780). Le rideau s’ouvre sur la chambre à coucher de la Maréchale. Femme d’âge mûr, tourmentée par le temps qui passe, elle craint que son jeune et fougueux amant de 17 ans, le comte Octavian Rofrano, ne se lasse d’elle. Chaque instant passé auprès de ce dernier lui fait redouter le moment où son mari les surprendra. Un bruit dans l’antichambre et le monde s’écroule. N’ayant pas le temps de s’éclipser, Octavian devient Mariandel, camériste de Madame. Heureusement, ce n’est que le cousin de la Maréchale, le bedonnant et lubrique baron Ochs de Lerchenau. Sur les conseils de sa cousine, il convient d’envoyer le sire Octavian porter la rose témoignant de ses vœux à sa fiancée, la jeune et belle Sophie de Faninal, fille d’un riche commerçant récemment anobli, tout en courtisant Mariandel. S’acquittant de sa mission, le comte Rofrano remet la rose d’argent à Sophie, dont il tombe éperdument amoureux. Entre un homme âgé et grossier et un fringuant chevalier, le cœur de la jeune promise n’hésite pas une seconde. Comment ces jeunes amoureux réussiront-ils à rompre leurs engagements mutuels pour être enfin réunis ? Vous le saurez en allant voir « Der Rosenkavalier » (« Le chevalier à la rose »).

Ce jeu de masques, d’illusions et de tromperies, transparaît dans les effets de miroir de la scénographie. Reflet de la Vienne du XVIIIème siècle, le décor rococo vacille au gré des lumières, faisant ainsi parfaitement écho aux émotions et au trouble des personnages. Composé de glaces géantes pivotantes sur elles-mêmes, il crée une atmosphère vibratoire, vacillante, qui renvoie au côté éphémère des choses (inconstance des sentiments, temps qui s’écoule inexorablement, grandeur et déclin des Empires, fastes d’un monde qui n’est plus…).

Ce jeu de miroir renforce la mascarade jouée par les chanteurs. S’amusant avec leur reflet et s’emparant de la scène tels des acteurs de théâtre, ils calent leur gestuel et leur voix sur le tempo de l’orchestre national de Paris, dirigé par Philippe Jordan. La mise en scène savamment pensée (créée par Herbert Wernicke en 1995), le chant et la musique s’adaptent au rythme du texte écrit par Hugo von Hofmannsthal. Instrumentistes et chanteurs sont à l’écoute les uns des autres.

Malgré un premier acte légèrement longuet, les deux autres s’enchaînent selon un rythme dynamique pour terminer sur un final plus doux, en accord avec ce qui se trame sur la scène. Par moment, des airs de valse s’emparent des protagonistes et crée une ambiance enjouée.

Comme à l’origine, le rôle d’Octavian est confié à une femme : en l’occurrence, la mezzo-soprano Daniela Sindram, qui interprète un mezzo léger. Cette tessiture convient parfaitement au personnage du comte puisqu’il s’agit d’un adolescent, qui par deux fois se travestit en femme. Cette distribution donne lieu à des deux duos amoureux entièrement féminins, l’un avec la Maréchale, incarnée en alternance par les sopranos Anja Harteros (qui revient après onze ans d’absence) et l’allemande Michaela Kaune, l’autre avec Sophie, jouée par la jeune soprano Erin Morley. Par rapport aux autres représentations du « Chevalier à la rose », la Sophie de l’opéra Bastille s’affirme davantage et projette sa voix avec davantage de force lorsqu’elle est en colère. Notons également l’interprétation du baron Ochs par Peter Rose, qui s’est parfaitement imprégner de son personnage, ce qui se ressent au travers de son accent viennois très marqué.

Léger bémol cependant : le texte était par moment inaudible depuis le parterre. Était-ce l’orchestre qui jouait un peu trop fort ou la voix des chanteurs qui ne portait pas assez ? Heureusement, le spectateur peut se référer au livret et aux sous-titres bilingues (français-anglais). Mais mettons cela sur le compte du trac et souhaitons leur un franc succès.

Magali Sautreuil

Distribution :

Musique de 1911 : Richard Strauss
Livret en langue allemande : Hugo von Hofmannsthal
Direction musicale : Philippe Jordan
Chef des Chœurs : José Luis Basso
Mise en scène, décors et costumes de 1995 : Herbert Wernicke
Lumières : Werner Breitenfelder
La Maréchale : Michaela Kaune (9, 12, 15, 22, 25, 28, 31 mai) ou Anja Harteros (18 mai)
Le baron Ochs de Lechernau : Peter Rose
Le comte Octavian Rofrano : Daniela Sindram ou Stéphanie Houtzeel (31 mai)
Monsieur de Faninal : Martin Gantner
Sophie de Faninal : Erin Morley
Marianne Leitmetzerin : Irmgard Vilsmaier
Valzacchi : Dietmar Kerschbaum
Annina : Eve-Maud Hubeaux

Informations pratiques :

  • Sur Internet, dans la rubrique billetterie (https://www.operadeparis.fr/billetterie)
  • Par téléphone, au 08 92 89 90 90 (0.35 € TTC/min hors coût éventuel selon opérateur depuis un poste fixe) ou au +33 1 71 25 24 23 depuis l’étranger, du lundi au vendredi de 9h à 18h et le samedi de 9h à 13h (sauf jours fériés).
  • Aux guichets de l’Opéra Bastille (130 rue de Lyon – 75012 Paris), du lundi au samedi de 11h30 à 18h30 (sauf jours fériés) et une heure avant le début des représentations les dimanches et jours fériés.

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COMMENTAIRES:

  1. Jean-Louis Lemierre

    Mais pourquoi, diable, les gens applaudissent-ils avant la fin de la dernière note ? C’est si beau à écouter religieusement !
    La 1ère fois que je suis allé voir Le Chevalier, au Châtelet, au début des années 90, avant le début du 3è acte, un spectateur a incité la salle à attendre la dernière note pour applaudir. J’étais surpris de son initiative. (Détail : Pierre Boulez était au 1er rang du 1er balcon…).
    La 2è fois que j’ai vu Le Chevalier c’était à Bastille avec Renée Fleming… (vous savez qu’elle clôturera sa carrière avec le Chevalier au MET en septembre 2017…).
    Et là, surprise, les gens applaudissent pendant les dernières notes ! incroyable !
    Alors quand je suis retourné au printemps à Bastille, j’ai fait comme le spectateur du Châtelet. Des gens m’ont discrètement applaudi ! Mais beaucoup de gens n’ont pas pu se retenir d’applaudir avant la dernière note. Quel dommage !

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