[Critique] Une Elena raffinée à l’Opéra de Lille

14 avril 2014 Par
Audrey Chaix
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ELENA  (Jean-Yves Ruf 2013)

Après avoir enchanté le festival d’Aix-en-Provence l’été dernier, le Elena de Cavalli est invité à Lille par l’Opéra pour deux représentations. L’occasion pour le public lillois de découvrir cet opéra baroque très peu joué, composé par un disciple de Monteverdi. 

L’intrigue tire son essence de la mythologie grecque, quelques années avant les événements qui ont déclenché la célèbre guerre de Troie. La belle Hélène rencontre Ménélas – celui qui prendra les armes avec son frère Agamemnon pour aller reprendre sa femme à Pâris. Les choses ne sont cependant pas si simples puisque Ménélas, qui se fait passer pour une jeune Amazone pour mieux connaître Hélène et ainsi la séduire, est enlevé en même temps que l’objet de ses désirs par Thésée et l’un de ses compagnons. De malentendus en quiproquos, tout fini par rentrer dans l’ordre au fur et à mesure des duos et des trios vocaux – tous chantés avec talent et justesse par l’ensemble de la troupe. Mention particulière pour le sopraniste Kangmin Justin Kim, qui chante Ménélas, et dont le timbre de voix est étonnamment proche de celui d’un castrat.

Car c’est bien un esprit de troupe qui émane de cet ensemble, mené par Jean-Yves Ruf comme une compagnie de théâtre. La mise en scène, très raffinée, témoigne de l’excellent goût de Ruf. Au centre du plateau, une sorte de petite arène, composée de panneaux de bois, file la métaphore du combat pour remporter le cœur de sa belle. Des jeux de lumière et de matière – notamment grâce à un grand rideau qui rappelle fort celui utilisé par Ruf dans sa mise en scène d’Agrippine d’Haendel en 2011 à l’Opéra de Lille. On retrouve là une ambiance toute shakespearienne, Ruf ayant d’ailleurs puisé son inspiration dans le Troïlus et Cressida du Barde.

Ainsi, si la mise en scène n’échappe pas à certaines longueurs, qui proviennent aussi probablement du manque de référence de notre époque face au sujet mythologique, il n’en reste pas moins que cet Elena est un ravissement pour les oreilles et pour les yeux.

Photo : © Pascal Victor