Cosi fan tutte à Marseille : Mozart a de quoi être heureux

21 avril 2016 Par Elodie Martinez | 2 commentaires

Du 19 au 28 avril, l’Opéra de Marseille offre à son public le Cosi fan tutte de Mozart mis en scène par Pierre Constant. Le verbe « offrir » est ici bien de rigueur face au plateau rassemblé et à la qualité de la soirée.

Note de la rédaction :

Commençons par la mise en scène de Pierre Constant qui est peut-être le seul point que l’on trouverait à améliorer ce soir. Rien de réellement négatif n’est cependant à souligner : pas de transposition farfelue, par exemple dans un vaisseau spatial (comme nous avons pu le voir pour le Fidelio de Beethoven à Lyon il y a quelques années), pas de message personnel à passer en oubliant le respect de l’oeuvre, pas d’interprétation personnelle alambiquée, pas de détour ou de complication inexplicable ou excessive…. L’oeuvre est respectée à quelques légers détails près : Ferrando et Guglielmo ne portent pas les moustaches dont le livret parle, mais si cela permet une plus grande liberté d’expression aux interprètes, comment en vouloir au metteur en scène pour si peu? Pas de brun et de blond non plus pour différencier les deux compères, mais là aussi, le détail n’importune en rien la qualité globale du spectacle.

Rien de négatif donc, mais si la simplicité de la mise en scène dans son décor permet certainement une compréhension fluide du livret, peut-être aurait-on apprécier un petit peu moins simple : un lit et une statue son finalement les deux seuls éléments de décor outre l’immense construction arrondie qui sert à enfermer l’ensemble des lieux du livret. Le changement de temps qui sa fait par le jeu des lumières est quant à lui très réussi et intéressant, de même que la fin de la première partie avec le démontage du lit dont les éléments servent d’armes à Fiodiligi et Dorabella ou bien de barrières afin de les prendre physiquement au piège. La direction des artistes est quant à elle très bien pensée, respectant la légèreté de l’oeuvre de Mozart sans omettre une lecture plus profonde et interrogatrice sur la nature humaine et les rapports entre hommes et femmes.

Côté interprètes, comment ne pas trouver son bonheur ici? Guanqu Yu campe une belle Fiodiligi totalement perdue dans le tourment de ses sentiments changeants. La voix est belle, assurément, mais l’on sent chez elle l’appréhension ô combien naturelle de la Première : son regard cherche peut-être un peu trop Lawrence Foster plutôt qu’à se diriger vers ses camarades de scène. Nous préférons toutefois cela à une cantatrice qui ne regarderait pas le chef, n’en faisant qu’à sa tête, s’attachant au jeu en oubliant la musique. Un très léger souci se fait cependant entendre dans les débuts où sa voix et celle de Marianne Crebassa ne sont pas tout à fait synchrones. Le tir est très rapidement rectifié entre scène et fosse pour qu’il n’y ait finalement plus rien à redire.

La grande découverte pour le public marseillais est probablement ce soir la mezzo-soprano Marianne Crebassa dans le rôle de Dorabella qu’elle retrouve apparemment avec plaisir. Pour sa première venue dans cette maison, la jeune femme frappe fort : le timbre est ample, superbe, la technique est parfaite, la projection divine. La voix circule ici de façon magistrale, semblant résonner dans l’ensemble de son corps, donnant parfois l’impression d’émaner de l’ensemble de son être. Quel regret, vraiment, de ne pas entendre davantage sur le sol français le talent de cette jeune cantatrice dont le jeu rejoint nos éloges sur sa technique vocale.

Troisième et dernière des trois femmes présentes sur scène, Ingrid Perruche nous offre une Despina absolument délicieuse avec une justesse remarquable dans l’interprétation. Drôle, amusante, légère mais jamais dans l’excès, c’est toujours un plaisir de la voir et bien sûr de l’entendre : la servante n’a rien à envier à ses maîtresses de ce côté-là.

Face à elles, le trio d’homme ne faillit pas un instant : les Ferrando de Frédéric Antoun et Giuglielmo de Josef Wagner sont d’une égale excellence. Les tourments et amusements des deux jeunes amants sont très bien interprétés ici, tant par le ténor que par le baryton basse dont nous nous délectons des voix. Le Don Alfonso de Marc Barrard, fâcheux entremetteur de toute cette délicieuse mésaventure, est lui aussi très bien exécuté.

Lawrence Foster dirige pour sa part l’Orchestre de l’Opéra de Marseille qui laisse entendre un jeu à la hauteur de celui présent sur scène, avec une grande richesse de nuances, de modération et d’exaltation. L’absence totale du Choeur sur scène pour ses très brèves interventions est un choix scéniquement fort judicieux mais entraîne un problème quant au déploiement de ses voix totalement étouffées, voire inaudibles durant la deuxième partie. Un bien maigre bémol ici vu son peu d’importance dans la partition.

Une soirée très réussie donc, dans une mise en scène simple (mais non simpliste) où on ne boude pas son plaisir, tant pour l’orchestre que pour les solistes, avec un trio masculin fort réussi et un trio de femmes qui nous fait dire qu’effectivement, dans ces conditions, on aimerait bien que « cosi fan tutte »!

©Christian Dresse


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COMMENTAIRES:

  1. TRICHET

    Tout à fait d’accord avec l’article. Pour moi un seul bémol : Les chœurs : enregistrés et diffusés « mezza voce » avec des hauts parleurs (on ne peut pas parler d’enceintes acoustiques) situés à hauteur du
    premier balcon. J’étais à coté de « bruit métallique et mal venu ».

    1. Elodie Martinez

      Merci beaucoup pour votre commentaire. J’avoue que je n’avais pas relevé l’enregistrement, mais c’était effectivement le bémol car on ne les entendait pas vraiment. Si en plus il y avait un « bruit métallique et mal venu », c’est d’autant plus dommage… Heureusement, leurs interventions sont extrêmement rares (d’où ce procédé, d’ailleurs).

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