Une Cerenentola virtuose à Lyon

18 décembre 2017 Par
Gilles Charlassier
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Rossini a la cote pour ces fêtes de fin d’année : un Barbier au Théâtre des Champs Elysées, Le Comte Ory à l’Opéra Comique… et une Cerenentola à Lyon. Confiée à Stefan Herheim, cette nouvelle coproduction avec Oslo déploie une étourdissante virtuosité visuelle.

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Lyon n’avait pas attendu Paris et ses Maîtres chanteurs pour goûter, dans une Rusalka audacieuse il y a quelques saisons, également en fin d’année, la maîtrise de la narration scénographique de Stefan Herheim. Avec la complicité de Daniel Unger aux décors, le metteur en scène norvégien en fait une nouvelle fois la démonstration éloquente dans La Cerenentola de Rossini. Le conte de Perrault revu pour l’opéra italien du début du dix-neuvième siècle se pare ici d’une inventivité visuelle sans limite, à laquelle contribuent généreusement les vidéos du duo fettFilm, Torge Möller et Momme Hinrichs, et les lumières réglées par Andreas Hofer, alias Phoenix.
Non content de jouer d’effets de perspectives, à l’exemple de l’âtre qui se démultiplie jusqu’à prendre les dimensions du cadre de scène, le spectacle développe une poésie très ludique, qu’illustrent par exemple les fumerolles de cheminées devenant notes de musique pendant le premier duo d’amour entre le Prince et Cendrillon, comme autant d’étoiles dans la nuit des premiers émois, avant de former un gros cœur rouge. L’imagination de la mise en scène semble intarissable, dans un rythme qui refuse tout temps mort, parfois au-delà de la satiété pour ceux qui ne goûteraient pas trop les costumes très bonbonnière dessinés par Esther Bialas. Pléthoriques, les images et les idées, telles le père qui descend des cintres à la manière du Très-Haut grimé en Rossini, comme l’ensemble du choeur façon anges gardiens ailés – une des plus irrésistibles trouvailles de la soirée – , le château prenant la silhouette, en ombre, du Duomo de Milan, le chariot de la ménagère pour carrosse, ou encore la mise en abyme du livre, se trouvent parfois balayées par une ivresse aux confins de la gratuité technique.
On aurait tort cependant de bouder son plaisir, surtout quand les voix sont au rendez-vous, et au premier desquelles on admirera le Don Ramiro lumineux de Cyrille Dubois. Le ténor français a fait bien du chemin depuis l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris. Son timbre léger dévoile un instinct musical exquis, s’alanguissant dans une sensibilité frémissante et séductrice : une voix rossinienne qui, sans sacrifier la santé des aigus, préfère la délicatesse à l’insolence. En Angela, le véritable nom du rôle-titre, Michèle Losier lui donne sans pâlir la réplique, et recèle d’évidentes ressources de subtilité qui s’expriment dans un finale sans faute.
Le reste du plateau ne démérite pas, où se distingue d’abord le savoureux Alidoro de Simone Alberghini, baryton-basse riche de couleurs et de sentiment. Nikolay Borchev résume un Dandini sur ressorts, quand Renato Girolami assume le ridicule de Don Magnifico. Quant à Clara Meloni et Katherine Aitken, elle se révèlent deux sœurs complémentaires, Tisbe et Clorinda. Préparés par Barbara Kler, les choeurs participent de la jubilation générale, secondés par la fosse, sous la houlette de Stefano Montanari.

Par Gilles Charlassier
La Cerenentola, Rossini, mise en scène : Stefan Herheim, Opéra de Lyon, jusqu’au 1er janvier 2018
Crédit : ©Jean-Pierre Maurin