A l’Opéra de Marseille, un Macbeth de folie!

12 juin 2016 Par Elodie Martinez | 0 commentaires

Du 7 au 15 juin, l’Opéra de Marseille semble avoir « garder le meilleur pour la fin » en présentant sa nouvelle production de Macbeth de Verdi dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia. Une réussite à tous les niveaux qui rend au passage hommage à Shakespeare dont on célèbre actuellement le 400éme anniversaire de sa mort! 

Note de la rédaction :

Commençons d’abord par la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia dont l’expérience théâtrale sert l’oeuvre de Verdi. Il la ramène à ce qu’elle a de profondément humain et la folie occupe une place essentielle ici : les sorcières qui ouvrent la pièce sont loin du stéréotype du nez crochu et du chapeau pointu. Elles apparaissent cheveux en bataille, certaines proscrites, d’autres non, costumes en aillons… L’image qui nous vient est donc celles de femmes folles. De leur folie naîtront cependant les prophéties qui se réaliseront, celles à l’origine de toute la tragédie. Comble de l’ironie, cela finira par conduire les Macbeth à la folie et à leur perte.

Comme le veut le livret, le décor bascule du dehors au dedans, du public à l’intime. Cela se fait grâce à un jeu de panneaux qui se baissent et se lèvent, tantôt mur, tantôt forêt. Si certains costumes ne mettent pas forcément en valeur les personnages, comme par exemple la première robe de lady Macbeth, ils ne les desservent pas non plus et respectent le contexte élisabéthain de la pièce de Shakespeare. Certains pourraient voir dans le travail global de Frédéric Bélier-Garcia un manque de prise de risque, mais nous ne sommes pas d’accord : là où ceux-là voient un manque de direction d’acteurs, nous voyons une liberté de jeu. Là où ils voient une mise-en-scène « passe-partout », nous voyons une mise en scène qui n’entrave pas l’opéra. Certainement peut-elle être encore perfectible, mais elle est déjà fort saluable et son travail autour de la folie, de l’humain, de la réalité, de l’ambition et de l’opposition entre le privé et le public est extrêmement intéressant.

Le Choeur de l’Opéra de Marseille, dirigé par Emmanuel Trenque, est ici sensationnel, atteignant un niveau que nous ne lui connaissions pas encore : tout est maîtrisé et juste, tant dans la nuance que dans la prononciation ou encore dans les intentions. Il ne souffre d’aucun moment de faiblesse de la première à la dernière note, et le choeur des sorcières est un véritable enchantement, ce qui sied plutôt bien à ces personnages.

Il en va de même pour l’Orchestre de l’Opéra sous la baguette de Pinchas Steinberg, qui semble souffrir de la chaleur de la salle au moins autant que le public sans pour autant le laisser entendre dans sa direction. Toutes les couleurs sont présentes pour peindre le merveilleux tableau de Verdi et la fosse n’écrase à aucun moment la scène, la complémentarité des deux étant ici indiscutable. Cordes, vents, percussions, tous les pupitres sont remarquables et l’énergie qui se dégage dans l’introduction est tout simplement superbe.


Comble du bonheur, les solistes sont eux aussi exceptionnels. Si l’on ne retiendra toutefois pas forcément le Malcolm de Xin Wuang, le Macduff de Stanislas de Barbeyrac est d’une grande justesse, passant d’un déchirant « Ah, la paterna mano » à la fougue chevaleresque qui lui permet de vaincre Macbeth. A noter cependant un léger dysfonctionnement dans cette scène de meurtre puisque, le soir où nous l’avons vu, Macduff est finalement le seul soldat à ne pas sembler toucher le roi de son épée lorsque ses compagnons l’entourent. Quant à Wojtek Smilek, il offre au public un Banquo très intéressant et finement joué compte-tenu du rôle, ajoutant à la profondeur de sa voix celle du personnage.

Vient bien sûr ensuite le terrible couple Macbeth formé par Juan Jesus Rodriguez et Csilla Boross, foulant tous deux les planches de l’Opéra de Marseille pour la première fois. Nous ne savons par lequel commencer tant le duo est homogène et excellent. Honneur aux femmes donc, avec la lady Macbeth phénoménale de Csilla Boross dont la tessiture de voix est remarquable, de même que sa projection et sa puissance globale. Elle semble n’avoir aucun mal à passer par-dessus l’ensemble des solistes, des choeurs et de l’orchestre pour les couvrir tous, affirmant son personnage. Durant la première partie, on a d’ailleurs tendance à vouloir renommer l’opéra « Lady Macbeth » tant ce rôle et l’interprète sont au centre et couvrent tout. La plupart de ses interprétations sont d’ailleurs grandement applaudies par le public qui ne boude pas son plaisir. Une légère déception cependant lors de la scène de somnambulisme, dernière apparition de lady Macbeth qui ne convainc pas, restant trop en surface dans l’interprétation. Il faut avouer qu’après tant d’éclat, l’attente est indubitablement très élevée pour ce dernier moment.

Enfin, le Macbeth de Juan Jesus Rodriguez est tout aussi phénoménal, sa voix endurant toutes les nuances du début à la fin sans s’appauvrir ni montrer le moindre signe de fatigue un seul instant. Projection, rondeur, parfaite maîtrise du rôle, tout est là. Le héro apparaît terriblement humain et l’on en viendrait (presque) à le plaindre. Que cela soit pour le rôle éponyme ou pour l’opéra, voilà un Macbeth de très haut niveau et d’une impitoyable justesse qui clôture la saison marseillaise avec brio.


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