Luna Park, le monde sous surveillance de Georges Aperghis

16 juin 2014 Par Christophe Candoni | 1 commentaire

Si Georges Aperghis a déçu avec Un temps bis, sa toute dernière création cosignée avec l’altiste Geneviève Strosser et la comédienne Valérie Dréville au théâtre de Gennevilliers, il a en revanche épaté avec Luna Park, une pièce créée en 2011 et reprise hier soir au Centre Pompidou toujours dans le cadre du Festival Manifeste de l’IRCAM. Le compositeur orchestre dans cette oeuvre hybride et stupéfiante de maîtrise et d’invention, une pyrotechnie sonore, visuelle et technologique qui se donne à voir comme l’angoissante radiographie d’une humanité traquée à l’époque numérique. 

Quatre formidables interprètes, deux flûtistes (Eva Furrer et Michael Schmid), une danseuse (Johanne Saunier) et un percussionniste (Richard Dubelski, pieds et mains branchés à des capteurs de sons) se trouvent enfermés dans des boîtes métalliques rectangulaires. L’un d’entre eux cherche à s’enfuir, escalader les parois, sans succès. Ainsi placés côte à côte, sans aucun point de fuite, ensemble et séparés, mis dans un rapport à la fois de proximité et d’isolement, leur langage réduit à des bribes de discours incompréhensibles en anglais et en français relayées par des suites de phonèmes, onomatopées, respirations, cris animaux entre autres, ils ne peuvent communiquer que par le seul truchement indirect de la vidéo utilisée comme un prolongement de leur être.

L’installation performative spectaculaire qu’a orchestrée Georges Aperghis, compositeur et metteur en scène, avec une précision d’horloger se livre comme une polyphonie de sons, de mots, de gestes, d’images (des bouts de films préalablement enregistrés et des captations en temps réel), autant d’éléments qui se télescopent avec virtuosité. Le public halluciné est mis en situation de voyeurisme face à un dispositif scénique high-tech hyper sophistiqué où tous s’observent, s’épient, se dévoilent volontairement ou à leur insu.

Aperghis fait l’état passionnant et inquiétant d’un monde agité, saturé, frénétique, épris de vitesse, de circulation, de transparence, à l’image de cette grosse métropole filmée en différents plans fixes par une caméra de surveillance, le jour comme la nuit, dans ses espaces publics comme les plus intimes. Il montre comme la technologie augmente les capacités humaines autant qu’elle les réduit, au cours d’échanges virtuels où demeurent une solitude inexorable. Tout le bruit, la fureur, le chaos du monde indéchiffrable et aliénant qu’est le nôtre est contenu dans Luna Park et se reçoit avec perte et fracas.

Photo © Ioanna Chatziandreou

Luna Park, donnée le 15 juin 2014 dans le cadre du Festival Manifeste 2014.


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