Vassilissa à l’Opera Bastille, Unger et Ferron transmettent le contemporain au très jeune public

28 mai 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

L’Opéra de Paris pratique ce que l’on nomme communément l’école du spectateur. Se construire un regard, sur la musique et sur la danse, cela commence très jeune. Ce weekend Bastille présentait le célèbre conte russe Vassilissa dans une version sans mot, 100% dansée par Marie Barbottin et chorégraphiée par Frédérike Unger et Jérôme Ferron. Parfait.

Note de la rédaction :

Quand on entre en salle, dans le « petit », amphithéâtre de l’Opéra qui se niche sous la grande salle, le spectacle est déjà en place. Un plateau sur lequel est posé une masse ressemblant à une imposante serpillière peu accueillante est surplombée de trois écrans. Marie Barbotti que l’on a pu voir danser à June Events ou lors d’un Sujet à Vif ( Festival d’Avignon 2013) a un tee-shirt rouge, un pantalon kaki et les pieds nus. Elle danse dans la veine de Mathilde Monnier, pas étonnant au regard des bios des chorégraphes. Frédérike Unger a travaillé avec l’actuelle directrice du CND et Jérôme Ferron avec entre autres Karine Saporta. Les deux dirigent la compagnie Etantdonné.
Son geste est d’abord espiègle et léger, elle est la petite fille du début du conte, celle qui n’a pas perdu sa maman, celle dont le père n’a pas encore épousé une marâtre, celle qui n’a pas encore fui dans la forêt. Elle danse tout en courbes et en déhanchés smooth. Elle ne lâche pas sa jolie poupée. Puis, l’affaire se corse, la danse se fait plus raide, plus hachée et la lumière baisse. Sur les écrans, on passe d’une maison glacée à l’allégorie d’une forêt en hiver. La neige projetée en vidéo est associée à des « drôles de bruits » comme le dit une jeune spectatrice de trois ans. Les drôles de bruits qu’entend la demoiselle ce sont les corbeaux qui n’annoncent rien de bien. La danseuse se transforme alors en Baba Yaga, ogresse mythique. Recouverte du costume qui gisait, elle tourne, les mains crispées comme des griffes, puis viendra, dans la lutte classique propres aux contes initiatiques, retrouver son identité, en ayant gagné au passage quelques galons vers l’age adulte.

La musique de Modeste Moussorgski (1839-1881) rappelle les chansons populaires russes. C’est entraînant, mélancolique et parfois angoissant. Le spectacle n’a rien à envier aux programmations pour les adultes et le pari osé et audacieux fonctionne. Les pas ne sont ni théâtraux ni mimés. L’alternance de rythme, l’opposition des attitudes de la danseuse qui passe d’une fluidité à une crispation permettent une compréhension totale du récit. L’attention des enfants pourtant très petits ( le spectacle est adressé aux 3-6 ans) est incroyable.

Pour le moment, la programmation jeune public pour la saison prochaine n’a pas encore été dévoilée.

Visuel : ©Michel Tonon


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