[Interview] Johanny Bert « Ecrire un spectacle pour les très jeunes spectateurs, c’est entrer dans une dramaturgie singulière »

6 février 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Johanny Bert met en scène Le Petit Bain dont la création aura lieu du 7 au 11 février au TNG à Lyon. Pour la première fois, il s’adresse au jeune public à partir de 2 ans. L’occasion pour nous de discuter avec lui de sa perception de ces spectateurs particuliers.

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Pour la première fois vous allez vous adressez à un public d’enfants dès 2 ans. Est ce que cela est impressionnants?

Exaltant, plutôt. Ce sera ma première création en tant que metteur en scène pour les très jeunes spectateurs (et les adultes qui les accompagnent). J’ai déjà joué comme acteur pour les enfants très jeunes et ce fût une aventure forte. J’aime quand ils font la pluie (leurs applaudissements), quand ils font semblant ne pas regarder ou de ne pas écouter et qu’ils reviennent vers vous avec un grand sourire parce que quelque chose à attraper leur attention, qu’ils imitent les gestes qu’ils voient ou encore quand les adultes sont plus soucieux que leurs enfants. Jouer pour les tout petits apprend peut-être à canaliser son énergie, sa présence face à ces petits yeux qui sont curieux de tout et ont peur de tout. J’avais ce désir depuis longtemps de réaliser une pièce en tant que metteur en scène accessible aux petits. C’est un choix dont je mesure l’exigence et que je crois relié intimement à ma découverte très jeune du théâtre. Je me souviens d’avoir vu certains spectacles dont je ne comprenais pas tout et pourtant des sensations me restent encore aujourd’hui.

Aviez-vous conscience avant de vous lancer de ce que faire du très jeune impliquait : durée courte, possibilité de circulation des enfants ?
Ecrire un spectacle pour les très jeunes spectateurs, c’est entrer dans une dramaturgie singulière. C’est un langage fragile mais peut-être plus libre dans le rapport à l’écriture. Est-ce une écriture si différente ? Je n’en suis pas certain. Bien sûr le temps d’attention est différent pour les tout petits et la pièce doit certainement prendre en compte le vécu des enfants en fonction de l’âge mais ils sont aussi dans la découverte et n’ont pas encore les codes de la représentation et c’est ce qui m’intéresse.
Voilà plusieurs années que je travaille avec des auteurs contemporains, Marion Aubert, Pauline Sales, Magali Mougel, Sabine Revillet, Guillaume Poix, Thomas Gornet, Stéphane Jaubertie. Pour ce projet, j’ai senti que le principe d’écriture devait être différent, que le rapport entre les mots et l’image devait être nouveau. J’ai imaginé une pièce visuelle, sans texte à partir d’une matière et d’un corps en mouvement. L’écriture de ce spectacle est donc sensitive, intuitive, reliée à la matière (et aux variables de la matière.), au mouvement et à l’espace. C’est une expérimentation que je souhaite proposer aux spectateurs en deux temps : le temps de la représentation puis le temps après la représentation. J’ai passé commande à trois auteurs (Alexandra Lazarescou, Marie Nimier, Thomas Gornet) afin qu’ils écrivent chacun une histoire à partir des éléments du spectacle. Ces textes seront publiés dans un livret remis aux adultes en sortant de la représentation. Trois histoires comme trois points de vue de spectateurs, trois imaginaires qui ont bouillonnés chacun dans leurs coins et qui donne le signe que peut-être au théâtre, chaque spectateur n’a pas vu la même chose, n’a pas compris la même chose et s’est raconté une histoire en fonction de son propre vécu et c’est ce que je trouve passionnant.
A l’âge, où on lit encore des histoires aux enfants, ces textes permettront je l’espère, de créer un dialogue entre l’adulte et l’enfant, entre les mots et les souvenirs du spectacle.

Alors, que va-t-il passer dans ce petit bain ?
« Mais l’Histoire….? » comme disait Lagarde dans Music-Hall…Peu de récit dans ce spectacle. Une divagation assumée, une rêverie à partir d’une matière comme sujet de recherche à la fois esthétique et, je crois, ludique : la mousse de bain. C’est un élément à la fois concret, reconnaissable pour l’enfant et qui peut devenir une abstraction, un terrain de jeu pour l’imaginaire. C’est une matière fascinante qui peut créer des volumes et des espaces de jeu éphémères. Des masses fragiles et transformables que j’imagine comme un terrain de jeu pour un corps en mouvement, un corps qui se confronte à la matière. Une grande marionnette transformable qui est à la fois personnage et paysage.

J’aime travailler en collaboration avec d’autres artistes et pour cette création, j’ai proposé à Yan Raballand, chorégraphe de m’accompagner pour écrire et mettre en mouvement le spectacle. Nous travaillons avec deux danseurs qui en alternance ont écrit le spectacle avec nous, en plongeant joyeusement dans la mousse de l’hiver froid de Clermont-Ferrand, Paris et Lyon. Nous avons écrit ce spectacle par envie, par curiosité avec l’attente de le présenter aux spectateurs pour modifier quelques éléments ou affirmer nos choix. Ecrire pour le jeune public est une chance, un plongeon dans le bain de notre enfance, en évitant la nostalgie boite à musique et lune en bonnet de nuit mais en restant exigeant avec nous même, avec nos sensations à partager avec ce public si précieux, envers lequel nous tentons de fonder en eux des sentiments nouveaux, une curiosité de spectateur avec toute la modestie et la fragilité d’une petite bulle de souvenir que peut-être ils garderont ou qui peut-être disparaîtra mais aura laissé je l’espère, une couleur, une lumière, un mouvement, une sensation.

Visuel : ©JL Fernandez


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