Le féminisme couillu de Julie Bargeton

5 juillet 2016 Par Marianne Fougere | 0 commentaires

Dans son premier seul en scène, Barbue, Julie Bargeton prouve qu’il est encore possible, au cœur des années 2000, d’être féministe sans être ringarde !

Note de la rédaction :

Révélée par la série Roxane, la vie sexuelle de ma pote, qu’elle a créé pour Chérie 25, Julie Bargeton, jolie brunette de 33 ans, s’était déjà essayée au théâtre mais dans des pièces, histoire peut-être de se rassurer et de prendre confiance en son talent. Avec Barbue, c’est son humour que la jeune comédienne met à l’épreuve des planches. Et comme si l’exercice du one (wo)man show n’était pas déjà suffisamment compliqué, elle a choisi d’en accroitre la difficulté en recentrant son spectacle sur un thème pour le moins casse-gueule. Ainsi, quand d’autres choisissent la « facilité », en abordant des problématiques communautaires ou en se contentant de commenter l’actualité politique, Bargeton, elle, se saisit, de la question, ô combien moins sexy, de l’identité féminine. Un choix qui se révèle payant car Barbue est un spectacle non seulement désopilant mais surtout profondément stimulant, les réflexions fines qui égaient la conversation ne laissant à nos petits cerveaux aucun moment de répit.

Qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui? La question de départ du spectacle est en apparence des plus basiques. En 2016, que l’on songe à la pilule, au droit à l’avortement, aux politiques publiques en faveur de la parité, être une femme signifie avant tout être l’égal de l’homme. Mais à y regarder de plus près, il n’est pas certain que cette égalité supposée des sexes s’observe en toute limpidité dans la réalité des faits. Qu’est-ce qu’être une femme, quand c’est précisément cette singulière identité qui vous donne accès à certaines fonctions et responsabilités et non votre talent ou d’autres qualités? Plus encore, est-il possible d’être une femme alors qu’on nous reproche de penser comme un mec ? Alors même que l’on se sent moins proche d’une poupée Barbie que de l’une de ses répliques un peu plus couillue ?

Si Barbue fait la part belle aux personnages – des rappeurs en herbe côtoient une Blanche Neige toxico obligée de pointer à Pôle Emploi, puisque plus personne, ni les hommes ni les femmes, ne croit encore aux princes charmants et autres Belles au bois dormant -, c’est pour mieux dépasser les stéréotypes et autres clichés. Théâtral, ce spectacle n’en est pas pour autant une succession de sketches. Et heureusement, car toute la puissance comique de Bargeton se dévoile précisément quand elle laisse tomber les masques et s’abandonne à aborder de manière frontale les points aveugles de l’émancipation féminine. Convoquant indistinctement Simone de Beauvoir, Mistinguette, Beyoncé ou Kim Kardashian, Julie Bargeton s’interroge sur le recul des acquis des femmes en temps de crise, sur le problème de la réification du corps tout à la fois gage de pouvoir et signe d’un inquiétant narcissisme. Le clou du spectacle a lieu lors d’une parodie de remise de prix qui voit les violences commises à l’égard des femmes une nouvelle fois récompensée, et Bargeton de remercier chaleureusement l’Iran, le Pakistan, mais aussi, rassurons-nous, la France, sans qui rien de tout cela n’eut été possible !

Être une femme en 2016 n’est donc pas chose évidente. Preuve en est, l’une des dernières scènes du spectacle, lorsque la comédienne renoue avec les stéréotypes en réunissant sur le plateau une petite fille, une ado et une femme qui assume à l’excès sa féminité comme pour mieux souligner toute l’ambiguité de la féminité. Julie Bargeton désavoue, en toute simplicité, des grands hommes tels Baudelaire ou Jean Eustache : la femme n’est pas double mais multi-dimensionnelle ; la mère ne s’oppose pas à la putain. La putain est, bien plutôt, la mère !

Visuel : affiche du spectacle


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