Amelle Chahbi, « Si j’étais Ministre de la Culture, j’emmènerais Beaubourg à Saint-Denis »

21 octobre 2017 Par
Sarah Dray
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Suite à son spectacle « Qui est Chabhi ? » auquel nous avons assisté, Amelle Chabhi a accepté de répondre à nos questions. Le temps de troquer son smoking de scène pour une tenue plus confortable, elle nous a rejoint à la buvette du Théâtre des Feux de la Rampe, pour une interview en toute simplicité. Humour, engagement, culture, elle s’est prêté au jeu avec toute la bienveillance qui la caractérise.

Depuis le mois septembre, vous avez repris votre spectacle « Qui est Chahbi ? », ça vous a fait quoi de retrouver vos personnages ?

Je suis très heureuse, je l’ai joué à Paris assez rapidement, puis je suis allée dans toute la France, donc je n’ai pas eu le temps de bien m’installer à Paris. Cette fois ci j’y suis jusqu’au 13 janvier donc je suis super contente, parce que plus tu joues longtemps, plus t’es à l’aise et plus il se passe un truc avec le public. Je suis contente de retrouver mes personnages parce que je leur donne d’autres choses, je me permets d’improviser, parce que je suis plus à l’aise.

Vous arrive-t-il de réécrire des parties du spectacle au fur et à mesure des représentations ?

Oui bien-sûr, comme je suis auteur de mon spectacle, je peux me permettre d’insérer des choses sur l’actualité. Là, avec l’affaire Weinstein, j’essaye de trouver un truc la dessus, mais il faut que ça puisse s’inscrire dans le temps. Après il y a des faits d’actualité que je vais mettre pour deux ou trois soirs, puis les enlever. Je me permets ça.

Est-ce qu’en parallèle vous réfléchissez un nouveau spectacle ?

Aussi, je réfléchis à un nouveau spectacle. Le plus dur c’est toujours le deuxième, parce que pour le premier, on t’excuse beaucoup de choses, il y a beaucoup de bienveillance. Le deuxième, souvent, on t’attend sur un cran au-dessus, il faut assurer.

Quand vous écrirez ce nouveau spectacle, conserverez-vous vos personnages ?

Je ne pense pas. Ces personnages je les ai beaucoup faits auparavant. Tata Zouzou et Julien Duchemin, je les ai beaucoup fait à la télé, chez Arthur ou dans l’émission L’agité du bocal sur France 4. C’était important pour moi de les avoir au moins une fois sur scène, donc c’est cette fois-là. Pour le prochain spectacle, je vais peut-être revenir au stand-up pur, comme c’est ma formation première. C’est ma force de parler avec les gens, c’est quelque chose que je connais bien, donc ça sera peut-être plutôt ça.

Vous êtes une comédienne engagée, quand est-ce que vous vous êtes engagée publiquement pour la première fois ?

Je pense que le fait d’être une femme, musulmane, et de monter sur scène, c’est déjà un engagement. Je pense que la première fois que je me suis engagée c’est quand j’ai mis les pieds sur scène. C’était un premier acte d’engagement de prendre la parole, d’avoir des choses à dire, en tant que femme.

Est-ce qu’il y a un de vos engagements que vous n’avez pas encore exposé publiquement, mais qui vous tient néanmoins à cœur ?
A chaque fois que je passe à porte de La Chapelle et que je vois ces petits bidonvilles, avec ces réfugiés, ça me fend le cœur. Je viens d’une famille engagée, ma cousine le soir après son travail, elle fait des sandwichs et elle va les distribuer, ça me touche vraiment. Quelqu’un qui n’a pas de toit, ça me touche aussi énormément. J’ai joué pour la fondation Abbé Pierre , cette causse aussi me tient particulièrement à cœur.

Pour vous, est-ce qu’un artiste doit forcément être engagé ?
Personnellement je trouve que oui. C’est important et je suis sûre qu’avec l’art, que ce soit la peinture, la chanson, la sculpture, le spectacle, la danse, je suis persuadée que tu peux créer des émotions et faire changer les choses. Si on peut insuffler quelque chose qui rend la vie plus douce et faire changer les mentalités, je pense qu’on doit faire ça.

Vous parliez de l’affaire Weinstein, Êtes-vous féministe ?
Je pense oui, mais féministe tranquille, pas vénère. j’ai les deux côtés, je suis féministe mais en même temps, à la maison, j’aime bien aussi faire à manger, faire plaisir à mon mari. C’est un truc du bled, mais bon ça ne m’empêche pas d’être féministe, c’est juste une autre façon de dire je t’aime.

Quelle consommatrice de culture êtes-vous ?
Je suis à fond, le fait de monter sur scène, d’écrire sur l’actualité, je vais beaucoup au musée, je vais au cinéma, je lis beaucoup, la presse, des romans… tout ça peut nourrir mes prochains scénarios de films, mes prochains spectacles. C’est très important, je vais aussi voir des trucs qui sont pas forcément ma came à la base et ça peut me donner des idées. Un jour j’ai eu une idée d’affiche en allant voir une exposition d’art contemporain à Beaubourg.

Si vous étiez Ministre de la Culture, quelle serait votre première mesure?

Je sais qu’on donne déjà accès à la culture à ceux qui n’ont pas les moyens, mais je trouve que même si parfois c’est gratuit, c’est pas toujours évident d’y aller. Je ferais en sorte, comme c’est le cas en ce moment pour le MoMa à la Fondation Louis Vuitton, d’emmener Beaubourg à Saint Denis, le MoMa à Gennevilliers, d’aller vers ceux qui n’ont pas le réflexe d’aller dans ces lieux là.

Allez-vous voir beaucoup de seuls en scène ?

Récemment j’ai vu Alex Vizorek, qui parle d’art dans son spectacle Alex Vizorek est une œuvre d’art. J’ai appris plein de choses, mais en détente, il m’a fait penser un peu à Luchini qui a cette manière de lire des textes compliqués avec humour. Quand tu vas voir Luchini, il prend l’excuse d’un truc intello, mais il le démocratise, c’est hyper populaire, accessible, tu te tapes des barres. J’aime bien aller voir des spectacles originaux, parce que tout le reste c’est mes potes, je les connais par cœur, donc je ne vais pas voir du stand-up pur. J’aime découvrir des choses que je ne connais pas.

Avez-vous été influencée par des humoristes français ou étrangers ?

Les inconnus par exemple, c’est un classique. Je trouve d’ailleurs que leurs sketchs n’ont pas pris une ride. Quand je les revois, c’est toujours aussi drôle. Il y avait aussi un fond social, et ils dénonçaient beaucoup de choses. J’aime beaucoup aussi leurs sketchs moins connus, comme celui du Père Noël bourré. Eux m’ont vraiment donné envie de faire ce métier.

Et dans la vie, qu’est-ce qui vous fait rire?

Mon père, qui est une sorte de Tata Zouzou, me fait beaucoup rire. Tata Zouzou c’est la génération de nos parents qui a peut-être des accents, et qui ne sait pas trop lire et écrire, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont bêtes, bien au contraire. Ce sont des personnes qui ont un vrai avis sur tout, sur la politique, sur les films, sur tout. Mon fils me fait rire, il est tout petit, il a deux ans et demi, donc il fait des rires mignons. Ma meilleure amie aussi, ce sont les gens de la vraie vie qui me font rire.

Qu’est-ce que vous feriez si vous perdiez le sens de l’humour ?
Ça doit être horrible, je connais des gens qui n’ont pas le sens de l’humour, et je trouve que leur vie doit être tellement dure. Je connais des gens qui sont très premier degré. Pour ma part, si je perdais le sens de l’humour, je crois que je serais vraiment dans la merde.