Gaspard Proust: affreux, drôle et méchant

30 septembre 2011 Par Clement Fraioli | 1 commentaire

Jacques Prévert disait, « l’humour est enfant de nos haines », et quand on voit, et entend, Gaspard Proust déverser ses diverses diatribes contre à peu près tous les sujets possibles et imaginables, on se dit qu’il ne doit pas en manquer, d’humour…

Gaspard Proust n’est pas comme les autres. Tout d’abord, le chemin l’ayant mené à la scène est des plus originaux: né en Slovénie, il passe son enfance en Algérie qu’il quitte à 12 ans pour la Suisse. Diplômé de l’HEC Lausanne, il devient banquier afféré à la gestion du patrimoine, pour finalement démissionner et se consacrer à l’écriture. Remportant de nombreux prix humoristiques, il est remarqué par Laurent Ruquier qui décide de le produire. Ainsi, son spectacle Enfin sur scène?, datant de 2010, rencontre un énorme succès aussi bien critique que public; après une tournée de près d’un an, l’humoriste est au Théâtre du Rond Point depuis le 27 septembre avec un spectacle écrit au vitriol.

Ensuite, Gaspard Proust n’est pas comme les autres car il n’aime pas les autres. Tout pour lui est sujet à se plaindre avec un humour noir et une ironie des plus réjouissantes. On pense inévitablement au grand Pierre Desproges, et l’on n’a pas entièrement tort: tout comme ce dernier, Proust cultive son aspect sinistre et sa méchanceté implacable, servis par une écriture fine et précise. Le jeune humoriste partage également avec son aîné une absence totale de concession, rien ne lui faisant peur; il plaisante alors, entre autres, sur le nazisme, qu’il considère comme une manière maladroite de faire la Grande Europe, ou sur le conflit israelo-arabe, ne comprenant pas pourquoi les juifs se battent pour la seule terre peuplée d’arabes où il n’y a pas de pétrole, se délectant de chaque oh prude se faisant entendre dans la salle. Gaspard Proust n’a pas de limites et c’est bien ce qu’il (et on) aime.

Enfin, Gaspard Proust n’est pas comme les autres car il ne cherche pas à nous plaire à tout prix. Ouvertement antipathique, le comédien ne recherche aucunement la séduction, n’essayant pas de se mettre le public dans la poche par de vulgaires artifices ou du cabotinage inintéressant. Au contraire, il prend un malin plaisir à nous mettre face à nos contradictions et au ridicule de notre époque. Son écriture, elle non plus, ne va pas chercher le spectateur dans ses instincts triviaux; fort d’une grande culture, Gaspard Proust cite des poèmes de Baudelaire, use de références historiques ou manipule des concepts philosophiques (il se dit cartésien désabusé: « je pense donc je suis mais je m’en fous ») amenant au rire une intelligence rare de nos jours.

Finalement, de manière totalement contradictoire, le cynisme et l’acidité redoutables de Gaspard Proust représentent une véritable bouffée d’air frais dans un paysage humoristique de moins en moins original. Ne vous attendez pas à vous taper sur les cuisses à chaque vanne d’un performer monté sur ressort, cependant vous ressortirez assurément avec un regard plus critique, voire féroce, et donc peut être plus pertinent sur un monde devenu invivable sans l’ironie et le second degré.

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