Yama de Laura Arend au Théâtre de Ménilmontant

23 janvier 2017 Par
Quitterie Puel
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Le spectacle de danse YAMA qui se tenait vendredi 20 janvier au théâtre de Ménilmontant est une création de la chorégraphe Laura Arend. Durant cinquante minutes, la danse rencontre le yoga et le corps devient pure expression, pure libération. Yama est un spectacle à la fois esthétique et philosophique, une ode à la liberté et à la sagesse.

©Yann Gouhier

©Yann Gouhier

Yama est née suite à un voyage en Inde au cours duquel Laura Arend se forme au Yoga, ce voyage entraîne de grands bouleversements au niveau de sa pratique de la danse. Yama est aussi, et avant tout, un terme sanskrit qui signifie « contrôle de soi » ou encore  « refrènement ». Son existence se fonde sur 5 idées essentielles ( 5 Yamas) qui sont ici portées sur scène : la non violence, la sincérité, l’honnêteté, la modération de ses désirs et le contentement. La philosophie bouddhiste qui entoure l’exercice du Yoga s’inspire de ces idées là. L’enjeu principal du spectacle semble résider dans cet effort de combinaison et d’alliance : comment confronter les valeurs bouddhistes aux corps des danseurs occidentaux? Comment la danse contemporaine peut-elle se mêler à l’exercice du Yoga? Finalement, comment s’inspirer de ces valeurs tout en créant quelque chose de neuf et de personnel?

La réponse n’est donnée qu’à travers la performance de ces six danseurs lumineux qui éclatent les carcans que l’on dresse malgré nous entre les disciplines ( danse / philosophie/ yoga).
Yama est un spectacle en crescendo et sans demi-mesure, l’entrée des danseurs sur scène donne le ton : leurs têtes sont enfermées dans des cages à oiseaux, les gestes sont atrophiés voire inexistants et les corps sont rigides et fermés. Le malaise est patent et, quelque part, il trouve une résonance familière en nous du fait de nos attitudes parfois peut-être un peu individualistes et aussi de notre difficulté à communiquer.
La danse devient progressivement libératrice, les gestes s’assouplissent et les danseurs entrent enfin en communion. On le sait, l’exercice du yoga passe d’abord par une maîtrise du souffle qui permet à terme de faire circuler l’énergie. Au début du spectacle, l’absence de mouvement et de musique met le spectateur face à l’angoisse du danseur qui respire lourdement. Progressivement le souffle se libère et la danse accompagne cette respiration devenue sereine et apaisée. C’est certainement au niveau de la fusion entre le souffle et les mouvements du corps que Laura Arend a réussi à combiner au mieux le yoga et la danse au point de les confondre en une seule et même discipline .

yama

La souplesse, la sensualité et la singularité du corps individuel sont sans cesse célébrées sans pour autant entrer en collusion avec la dynamique du groupe. Au contraire, les danseurs forment une troupe unie d’entités distinctes que la lumière (on applaudit Jean Yves Beck) sublime. Le passage d’une danse souple et sensuelle à une danse organique marque la dernière partie du spectacle. Sur une musique techno et follement rythmée les danseurs s’engueulent, crient et se laissent finalement emporter par leur corps qui danse un peu malgré eux, ils sont dégagés de toute spiritualité ou de réflexion. La danse devient une pratique cathartique tant elle purge toutes les tensions et les crispations qui semblaient habiter les interprètes au début du spectacle.

Finalement on ne va pas voir Yama pour encombrer son esprits de questionnements philosophiques. Yama est un exutoire, un spectacle qui produit une sensation de vide et de plénitude comme ce que l’on peut ressentir après une séance de méditation ou un effort prolongé.