Women versus Men au Festival d’Automne

28 septembre 2013 Par
Melissa Chemam
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Dans le cadre du Festival d’Automne 2013 et de la Saison culturelle sud-africaine en France, le Théâtre des Bouffes du Nord devient un haut lieu de l’accueil des talents de l’Afrique australe. Après les chants du Kwazu-Natal et le jazz world métissé de Kyle Shepherd, c’est la chorégraphe Nelisiwe Xaba, qui illumine la scène de Peter Brook pour eux dates hors du commun.

Nelisiwe_Xaba_1120

Un corps, une multitude d’images, de mouvements, d’identités. La chorégraphe et danseuse sud-africaine Nelisiwe Xaba s’est alliée au vidéaste et artiste de Johannesbourg, Mocke J Van Veuren pour produire un spectacle à plusieurs dimensions. Seule en scène, munie de costumes et accessoires alliant objets traditionnels, objets référents (la ceinture de cravates autour de sa taille quand elle ‘interprète’ un homme, les hommes, en est un beau) et objets caricatures (la chaussure rose à talent aiguille quand elle fait danser sa jambe en séduction lascive), la danseuse se voit démultipliée sur l’écran au centre de la scène par le travail de réalisation, en direct, de son partenaire de création.
Une femme-poule entre en scène. Une femme, revêtue de plumes sur les hanches et accompagnée de caquètements, donc. Elle danse et quelques secondes plus tard, son double apparaît sur l’écran, suivi d’un autre, suivi encore d’ un autre, et cela presque à l’infini, dans un moment à la fois magique et cocasse de ballet virtuel. Il fallait y penser. Pendant deux demi-heures, les deux chorégraphies de ce duo créatif nous offrent ainsi à la fois allégories, comédies, ballets et poésie.
Dans le premier, ‘Uncles and Angels’, la ‘vraie’ danseuse interagit avec ses doubles virtuels et entame un étrange processus de recherche de femmes vierges, comme l’annonce une affiche, dans le but d’organiser une cérémonie contre le mariage gay… La salle rit ; l’émotion monte d’un cran. Une réflexion sur la place de la jeune fille et de la valorisation de la virginité dans la société sud-africaine, où les danses traditionnelles ont parfois donné lieu à des pratiques de tests de virginité…
Après un entracte de dix minutes, Nelisiwe Xaba revient et s’est transformée. Plus que les attributs d’homme, ce sont son attitude, sa violence retenue, son expression, et toute sa gestuelle qui nous font voir d’emblée un homme là même où nous voyons une, des, LA femme quelques instants plus tôt dans la chorégraphie précédente. ‘Scars & Cigarettes’ se présente comme un contrepoint, installant et disséquant l’image du mâle dominant, là où ‘Uncles and Angels’ travaillaient la question de la fragilité de la femme africaine dans le rapport de force que devient souvent, trop souvent, sa relation aux hommes.
Qu’il joue à enfoncer des crans d’arrêts dans une buche ou à pisser sa bière, cet homme-métaphore se balade aux sons répétés des impératifs qui pèsent sur la figure masculine traditionnelle comme contemporaine en Afrique du Sud, mais bien évidemment aussi ailleurs… ‘Be a man, be strong, be first, be violent…’ entonne une voix off, pendant que l’ombre de la danseuse étale ses muscles devenus par le pouvoir de l’androgynie et de la suggestion, ceux d’un homme. Prouesse.
Un spectacle hors du commun. A voir encore ce soir aux Bouffes du Nord.

visuel : 1© Mack Magagane