Thomas Lebrun fait entrer Les rois de la piste sur le dance floor

18 janvier 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Dans le cadre du Festival Faits d’Hiver, Thomas Lebrun présente sa dernière création, Les rois de la piste. Le directeur du Centre Chorégraphique National de Tours s’intéresse à son tour à la question des danses populaires. Cela donne une bouffée d’énergie qui encore une fois prouve l’étendue de sa diversité et de son talent.

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Il y a du monde dans cette boite. A écouter la playlist, on a du remonter le temps, d’au moins vingt ans. A regarder le casting, ce club est gay et plutôt provincial. Alors un par un, cette cour miraculeuse va s’offrir à nous. Ils sont tous là : le paumé, la sexy, la bourrée, la drag queen (incroyable Thomas Lebrun), le gogo dancer, la trop vielle, la timide… On pense qu’ils sont des dizaines, ils sont cinq en réalité : Julie Bougard, Matthieu Patarozzi, Véronique Teindas, Yohann Têté et .. Thomas Lebrun. Quelques kilos en trop et des casquettes en plus Thomas Lebrun, directeur de CCN, chorégraphe et danseur signe aussi les costumes fous de ce spectacle jouissif aux allures légères.

De légère, cette proposition n’en a en fait rien. Sur les rythmes très 90’s de Technotronic, C+C Music Factory, Cher… cette galerie de personnages vient interroger la mise en scène de soi sur les podium des boites. Il y a des images superbes, tel que Lebrun sait les fabriquer ( Switch (2007) Constellation consternée  (2010), Lied Ballet, ( 2014). Cet amoureux de la lumière et des lignes ne se compromet pas ici. Il a su capter le désespoir et les déchéances que portent ces rois de la piste. Ils font le show, créatures sur plateformes shoes armées de rainbow flag. Ils singent des positions sexuelles mais ne baisent pas, ils veulent séduire mais agressent. Sur ce podium où l’on commence par rire, pris dans l’ambiance de cette soirée, on finit par déchanter. Ces danseurs aux gestes généralement néo-classiques amènent ici leur connaissance au service de pas moins techniques, et cela fonctionne merveilleusement.

C’est au moment où tout bascule, où l’ennui pourrait jaillir dans cette fête triste que le génie de Lebrun opère en deux temps. D’abord avec un trio de drag sur « Strong enough » de Cher.. C’est beau et immédiatement troublant,  le tempo est fou, dédoublé et le geste est celui des reines des gay pride. La mise en scène et totale pour ces anges dorés, mais que cachent-t-ils ? Il donne la réponse avec « How I Feel » de Wax Tailor, un cours de danse fait de ruptures de lignes, de contretemps, dont la répétition rend fou. Les pas eux trouvent leurs sources dans les gestes des rois de la piste  spontanés qui deviennent ici écrits.

Sous couvert de parler des danses de boite, Lebrun passe aux BPM les personnalités qui se dévoilent sans un mot et sans le vouloir, portées par les néons et la surélévation. On retrouve finalement ici le Thomas Lebrun des débuts, celui des extravagantes soirées « What you want ». Mais dix ans après, ses ambiances à la Almodovar se sont mêlées des questionnements sombres qu’il a eu, notamment sur le Sida. Le tout donne donc Les rois de la Pistes, à voir ce soir au Carreau du Temple, à 20H30.

En tournée :

28/03 | Le Merlan, scène nationale de Marseille
29/03 |
Le Merlan, scène nationale de Marseille
7/04 | Le Grand Bain, Le Gymnase, CDC de Roubaix
21/04 | Le Prisme, Élancourt
12/05 | Festival La danse dans tous les sens, Chorège, Falaise

Visuel : ©Iovino