« Shifts » : Peter Savel et sa déroute pertinente des Variations Goldberg aux Hivernales

14 février 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Même si la musique classique n’est pas votre truc, il est impossible que vous n’ayez jamais entendu le nom des Variations Goldberg de Bach, tant cette oeuvre de titan ( de fou ou d’obsessionnel), est au cœur de l’actualité culturelle.  Tant et si bien que lorsque l’on voit que le danseur et chorégraphe Peter Savel a choisi, pour , de donner sa version des Variations, on a envie d’hurler en souriant « Encore ??? ». Et oui, encore, et même on en redemande tellement Shifts est l’archétype de ce que la création contemporaine fait de meilleur.

Note de la rédaction :

Rappel des faits. En octobre 2015,  Alexandre Tharaud livre sa version des Variations. Il nous déclare en interview « Quand un pianiste se met aux Variations Goldberg, c’est pour la vie ». A l’Opéra Garnier, Les variations Goldberg de  Jerome Robbins créé en 1971 a fait son entrée au répertoire la semaine dernière. Actu on a dit !

L’histoire raconte que ces variations (32) furent composées par Bach pour pallier les insomnies de son commanditaire, le Comte de Keyserlingk. C’est un morceau fou, aux prises de risque démentes. C’est un morceau fait d’alternances, de  moments de recueillement, répétés et de variations virtuoses uniques. ¨Personne ne dit que le Comte ait pu jamais trouver le repos.   Et à regarder Peter Savel prendre possession du plateau délimité par des lignes aussi jaunes que ses baskets, on pense que lui  non plus ne dort plus.

Il partage la scène avec le pianiste Kamil Mihalov. Tout deux vêtus d’un slim gris et d’un débardeur rose ils vont faire un pas de deux décalé. Lui danse, lui joue. Ils se regardent. l’un déclenche l’autre, et l’autre déclenche l’un. Pour ce danseur formé chez P.A.R.T.S et actuellement artiste en résidence à Charleroi Danses, le geste de Anne Teresa de Keersmaeker n’est pas loin. Il y a bien sûr les baskets, qui ici sont laissées sur le côté, souvent manipulées. Il y a surtout cette élégance du mouvement contraint. Si il est impossible de jouer les variations, alors le danser est une folie. Et c’est cette double injonction : impossible/ désir, qui est le fil du spectacle. Pavel propose une phrase chorégraphique complexe faite de contrepoints, de retenues, de passages au sol et de suspensions, le tout dans une raideur et un empêchement d’agir conscient. La physicalité du ressenti l’intéresse et il s’amuse à intégrer la façon dont le regard et le corps intègrent un discours. Il choisi une bande son d’un talk show américain et tout en restant fixe, ponctue de gestes infimes toute l’intention des paroles dites. Avec les variations, il passe comme tous les pianistes qui s’y collent par tous les états : il craque, abandonne, pleure, se concentre, recommence, y arrive, échoue et recommence encore, jusqu’au bout des ongles. Il traduit les états d’âme jusque dans les moindre recoins de son dos.

On se marre face à sa lutte pour y arriver. Lui, danseur ayant banni de son geste toute quête de beauté pour accéder  à une radicalité de l’expérience.

A suivre de très prés.

Shifts – trailer from Peter Savel on Vimeo.

Visuel : crédit Stanislav Dobak


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