Sexe dansé, entre apparente liberté et frustration

14 février 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Des fluides sur des plateaux ? Jan Fabre l’a fait de façon démente, « ça » avait fait scandale. Il y avait du (faux) sang et de la (fausse) pisse. Mais dans ses tableaux il y du sperme (séché) et des corps (d’insectes) morts… Alors, qu’en est-il de la liberté sexuelle sur les scènes ? Les corps dansent, souvent nus et pourtant, on peine à jouir.

Une apparente liberté

Quand l’idée de faire un dossier sur la liberté sexuelle a pointé le bout de son nez, la rédaction de Toute La Culture a tiré la gueule. Ben non…C’est un mythe, la culture montrerait des rapports amoureux mais pleins de frustration. Cela ressemble à une définition de l’amour finalement. Quelques jours après les attentats de novembre, la chorégraphe Mette Ingvartsen proposait une analyse sociologique du cul avec 7 pleasures. Les premières images qui se déroulaient sur ce plateau pensé comme un presque appartement étaient glauques. Le sexe était triste, froid. Mais la chorégraphe a ensuite manipulé le désir avec talent en imaginant une pièce faite de tableaux. Hystérie par des tremblements, sensualité d’un bordel rouge, violence d’une séance SM… Les danseurs sont techniquement époustouflants, devenant ici des interprètes qui doivent garder leur sérieux dans des positions porno. Mais ici… ce sont les tables qui sont baisées.

Une quête trash

Et pourtant, des spectacles où le corps exulte, il y en a, sans jamais, qu’allez-vous imaginer, glisser dans le porno. En 2012 Benoit Lachambre nous entraînait lors du Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles dans les bas-fonds SM pour Snakeskins. Une pièce comme une nuit,  sanglée où le public devenait voyeur devant l’incroyable danseur au visage masqué et au corps orné d’un jokstrap.  Danse en suspension, bras tenus par des fils de nylon. L’apaisement, le soulagement venait au matin. Là, la quête de jouissance était totale, assumée mais, tout comme dans le travail de Dave Saint Pierre qui dans Foudres laissait une danseuse nue sur les red-light, brûlant vive sous le son de Demon You are My High. D’ailleurs, Dave Saint Pierre avait également présenté la Pornographie des âmes. Le québécois avait fait bouger les corps nus sur scène pour dire les maux des relations humaines et amoureuses. Il y était questions de rupture beaucoup. Mais on riait… Quant au désir… envolé sur le dancefloor où les danseurs dansent seuls.

Partouze sans contact

Dans le genre chaud/froid, la pièce de d’Olivier Dubois, Tragédie semble être la référence absolue. Tout commence dans le son, dans le noir. Inspiration Castellucci. Un beat tape et retape, sombre. Un danseur surgit en écartant l’un des trois rideaux de fils qui couvrent les espaces entre les arcades, un autre, deux autres, des trios, des duos, des lignes. Le même mouvement se reproduit toujours sous la forme d’une marche agressive bras et jambes légèrement écartés. L’hypnose attaque. Les allers-retours des interprètes changent, certains quittent le plateau, d’autres font demi-tour. Pourquoi ? Qu’est-ce qui pousse l’homme à réattaquer le monde ? les 18 danseurs, 9 filles et 9 garçons, âgés de 22 à 51 ans, de couleurs et de corps différents, dans une nudité sublimée par une lumière plastique et variable, parfois agressive, ne se mélangent jamais tout en se croisant tout le temps. Ici, aucun désir, aucune pornographie, aucune rencontre. C’est sublime, c’est tragique.

Alors, personne ne baise ?

Il faut remonter un peu le temps pour trouver des chorégraphes qui assument de faire monter le thermomètre. Prenons l’exemple de Daniel Leveillé

Daniel Léveillé est connu des services depuis trente-cinq ans maintenant. Et rarement il sort de son thème de prédilection : les paroxysmes passionnels : VoyeurismeL’incesteFleur de peauL’étreinte, But I love you, écris-moi n’importe quoi

Ses Solitudes duo n’échappent pas à la règle et c’est tant mieux. La pièce fait suite à Solitudes Solo, auréolée du prix de la meilleure œuvre chorégraphique 2012-2013 par le Conseil des arts et des lettres au Québec. Sept danseurs-seuses athlétiques vont jouer des variations sur le couple ou plutôt sur le désir amoureux. Alors on  se dit qu’ici c’est gagné, qu’on l’a notre exemple de désir sexuel non cul-cul. Et bien non car jamais ils ne s’embrassent. Gays, Lesbiennes, hétéros. Jamais. Pourtant, ils se portent avec violence, se supportent même. Ils volent les uns sur les autres. Ils se carapatent et avancent comme des insectes. Ils s’étreignent fort à s’avaler l’un l’autre. La musique oscille entre des menuets signés Bach ou Pancrace Royer et les tubes sexy des Doors, « When the music over », et « I Want You (She’s so heavy) » des Beatles.

Ce que propose Léveillé est sexy en diable sans jamais être vulgaire ni voyeur. Ces ballets à deux ne sont effectivement que des solitudes qui se séparent toujours sans se regarder à peine.

Finalement, on se branle un peu avec cette idée de l’amour partagé. La danse comme toujours reflète nos questionnements. Et la réponse tient dans le mot « frustration ». Et puis il faut se souvenir que Jacques disait   »Il n’y a pas de rapport sexuel ».

Visuel : ©Marc Coudrais

Visuel : ©Wolfgang-Kirchne

Visuel  Christophe Raynaud de Lage


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