« Second Body »: danse avec les ordis

18 juin 2016 Par Mathieu Dochtermann | 0 commentaires

Dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, ces vendredi 17 et samedi 18 juin, on peut assister au Nouveau Théâtre de Montreuil à deux représentations d’un spectacle de danse très singulier : Second Body, de la compagnie taïwanaise Anarchy Dance Theatre. Le spectacle croise deux temps, qui se joignent en son milieu : l’éveil d’abord du danseur à son propre corps, et l’intrusion ensuite du mapping vidéo dans la chorégraphie et dans la modification du corps dansant.
Note de la rédaction :

C’est un spectacle étrange et fascinant que la compagnie Anarchy Dance Theatre propose avec Second Body. Si on doit résumer simplement la structure du spectacle, il se déroule en trois temps : d’abord un espace long et lent durant lequel la danseuse se redécouvre comme corps en mouvement ; ensuite une phase de danse, très belle et très intense ; enfin, la fin du spectacle explore les possibilités créatives visuelles nées de la recontre du mapping vidéo avec la chorégraphie. Si on doit en résumer l’intention, comme le sous-entend le titre, Second Body explore le changement d’état du corps, sa re-naissance ou sa re-découverte, notamment quand il devient support d’une projection et se fond dès lors dans autre chose, une autre fonction, une autre matérialité, une autre perception.

De la première phase, on dira juste qu’elle s’étire dans une longueur qui finit par lasser. Si le fait de donner une temporalité longue au début d’un spectacle, en lui laissant le temps d’installer sa singularité, n’est pas nécéssairement une mauvaise idée, cela se fait ici au détriment de la tension.

Dans une seconde phase, cependant, la danseuse peut enfin s’animer, et déployer une danse pleine d’énergie et de vitalité. Tendue quelque part entre sensualité animale et précision du mouvement, son corps enfin vivant virvolte entre ombre et lumière, fuse dans toutes les dimensions de l’espace, pour s’apaiser enfin au seuil de l’intervention de l’ordinateur, prêt à se transformer. C’est la partie la plus forte du spectacle.

Dans un troisième et dernier temps, donc, un dispositif impressionnant de stage design produit par ordinateur entre en jeu pour transformer à la fois l’espace de représentation et le corps de l’interprète. Le dispositif combine pas moins de six sources, de sorte que les projections épousent sous tous les angles le corps de la danseuse. Le plateau s’anime sous ses pieds, sa peau se pare de couleurs pulsatiles et de vagues dont les ondulations se superposent aux mouvements des membres de l’artiste. L’effet est plus ou moins réussi selon les textures utilisées, mais certains passages séduisent particulièrement. La fusion entre les projections lumineuses et les mouvements souples de la danseuse frôlent parfois le sublime, mais, globalement, cette séquence un peu geek, qui pixelise l’espace et dé-réalise le corps de l’interprète, donne le sentiment de relever de l’expérimentation un peu potache, à mi-chemin entre spectacle vivant aux accents pop et jeu vidéo. Un tour de force technique dont la dimension esthétique et artistique n’est pas encore pleinement exploité, en somme.

Au final, un solo ponctué de moments de danse forts, avec de très intéressantes expérimentations visuelles, à la fois sensuel et ludique, mais qui se dilue trop souvent dans des passages à l’énergie trop diffuse.

A découvrir les vendredi 17 et samedi 18 juin 2016 au Nouveau Théâtre de Montreuil.

 

Conception, chorégraphie : Jeff Chieh-hua Hsieh
Interprète : Shao-ching Hung Software Development,
scénographie, création sonore : Ultra Combos
Création sonore : Yannick Dauby
Dramaturgie : River Lin
Création lumières : We Do Group
Custom Design : Yu-teh Yang
Production : Anarchy Dance Theatre
Commandé par : Quanta Arts Foundation / QA Rings
Avec le soutien du ministère de la culture de Taïwan
Visuels: © Ching-Ju Cheng


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