Salia Sanou vers des horizons lumineux

19 novembre 2016 Par
La Rédaction
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Avec la MC93, le Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France accueille la dernière création de Salia Sanou, Du désir d’horizons. Chorégraphe burkinabé engagé, il se fait le chantre de l’épopée des réfugiés dans un spectacle optimiste et lumineux.

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Dans le cadre du programme Refugees on the move, impulsé par l’African Artists for Development, Salia Sanou propose des ateliers de danse aux réfugiés maliens des camps de Sag-Nioniogo et de Mentao au Burkina Faso. C’est le point de départ de son spectacle où huit interprètes (et deux réfugiés qui n’ont obtenu l’autorisation nécessaire pour suivre la compagnie en tournée) se libèrent progressivement des tensions intrinsèques aux conditions de vie dans ces camps et s’abandonnent à la frénésie d’un désir vital, humain et universel de liberté. Salia Sanou donne à voir une course vive vers la lumière, suggère le parcours des réfugiés, de la lutte contre l’oppression et l’angoisse de l’enfermement à l’expression d’une extase heureuse.

Sur un plateau nu, Asha Thomas, dans un cercle de lumière restreint, tente vainement de s’opposer aux éléments et d’élargir son espace vital. Cassée, repliée, elle s’affaisse dans un silence où résonnent ses frayeurs et son essoufflement. La pièce prend une dimension plus chorale lorsque la troupe la rejoint. Le plateau se voit inondé d’une lumière chaude et solaire, des mouvements plus aériens s’amplifient comme dans une nage collective qui occupe tout l’espace. Les corps solidaires avancent péniblement, tanguent, chutent et se relèvent les uns les autres. Ils entament enfin une marche aux grandes enjambées, poussant des cris énergiques, comme s’ils partaient à la conquête de nouveaux horizons.

Cette échappée prend une dimension beckettienne. La pièce rappelle Oh les beaux jours, lorsqu’à la place d’un monticule de terre des lits entassés emprisonnent le corps d’un réfugié. Sous une lumière froide, clinique, la violence des camps se donne à voir dans des successions de courses-poursuites, d’étreintes brutales. La guerre est suggérée par une musique de lamentation et des portés de corps pesants, morts. Puis un élan vital et affranchi s’empare du plateau. Le spectacle retrouve ses couleurs. Dans la joie, les danseurs se retrouvent pour un sirtaki revisité avant de rentrer dans une transe de délivrance bienvenue qui trouve son acmé lorsque, sur des mobylettes, tous se dirigent vers un eldorado.

C’est l’histoire de tout un chacun, dans son oppression et son angoisse intimes qui est donnée à voir dans ce spectacle où se mélangent les genres, les danses – contemporaines et folkloriques – et les cultures. Salia Sanou, qui se place délibérément du côté des vivants, renoue ainsi avec la frénésie de l’exil porteur d’espoir.

Josselin Borioli

Photo © Stéphane Maisonneuve