La rage sans retour de Katerina Andreou ouvre June Events

6 juin 2018 Par
Amelie Blaustein Niddam
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En ouverture de l’excellent festival de danse pensé par l’Atelier de Paris/CDCN, la grecque Katerina Andreou et l’argentine Ayelen Parolin ont déployé un seul fil : l’épuisement d’un geste. 

BSTRD– Katerina Andreou

« Le spectacle nécessite du silence », en anglais dans le texte, est la petite phrase qui est affichée là, au fond. Devant elle, en contrebas, un podium est posé en losange. Il y a un tourne-disque et de grandes enceintes. Sur cette scène haute, quelques lignes sont tracées au gaffeur blanc. Elle arrive. Non, pardon, elle bondit, rugit, en a rien à foutre de nous, se met dos au public et attaque.

Son pas mixe le geste de base du hip hop, où les jambes se croisent et les bras balancent comme une course statique, et le Kazatchok. Elle transpire, elle est liquide. Elle court en sautant comme un boxeur, le visage invisible. Pendant presque une heure, en solo, elle incarne la bad girl des quartiers. BSTRD veut dire « Bastard ». Ambiance.

Tout est violent ici. L’écriture chorégraphique est simple mais très construite et le travail sur le son est étouffant avec justesse. On entend une espèce de marche militaire au tempo impossible. Elle insiste, sort du cadre, l’explose. Elle va au bout sans compromis dans un épuisement. Il y a du bonheur dans son effort, et une immense liberté, comme si elle piochait dans son panthéon de mouvements. Rien de joli, rien de facile, rien de gratuit.

BSTRD nous agresse avant de nous séduire. Pas très #meetoo dans l’idée mais tellement percutant dans le résultat. Quelquefois, la frontalité est plus fertile que les circonvolutions et plus la performance se déroule plus  nous sommes saisis et happés par ce corps très mince à la physicalité débordante.

Autóctonos II-Ayelen Parolin

En miroir, Autóctonos II dAyelen Parolin a l’allure d’un ballet classique. Pourtant, il n’en est rien. Ce quintet est composé d’une pianiste, Lea Petra et de quatre danseurs, Daniel Barkan, Jeanne Colin, Marc Iglesias et Eveline Van Bauwel  La danseuse et chorégraphe argentine a fait ses classes en Argentine et a suivi la célèbre formation E.x.e.r.ce.

Pendant toute la pièce, un seul pas est répété, « un glissé latéral tournoyant sur le sol », indique le programme. Un pivot en quelque sorte. Les interprètes sont chics, dans un cadre blanc et le piano est arythmique comme vidé de son souffle. Brut.

Sur le papier c’est génial, mais dans sa réalisation, ce ballet n’atteint pas son objectif. « J’essaie de faire ressortir quelque chose d’animal, de brut, de plus inconscient » déclare Ayelen Parolin dans l’interview  réalisée par Gérard Mayen et diffusée dans la feuille de salle. Malheureusement on  reste au niveau du Moi.

Travailler la répétition est un acte que l’on adore. Quand  Alessandro Sciarroni tourne sur lui même dans CHROMA_Don’t Be Frightened of Turning the Page, le résultat est minimal et hypnotique. Quand Liz Santoro et Pierre Godard tentent de compter jusqu’à trois dans Noisy Channel, on  réapprend à marcher. Rassurez-vous, nous n’allons pas lister ici tous les chorégraphes qui ont répété un geste tant cela est iconique.

Nous ne quittons jamais la sensation du joli et du soucis de bien faire. Le manque de radicalité de la proposition dissone avec l’envie de nous emmener loin, dans un pas sans espoir de retour. Il y a un soucis de la contrainte ici qui est louable mais qui ne sort pas du cadre très lisse de cette proposition.

June Events continue jusqu’au 22 juin, avec un focus autour de Loïc Touzé, compagnon de cette 12e édition. Tout le programme est ici

Visuel : ©JoelleBacchetta