Olivier Dubois livre bataille

19 février 2016 Par Hannah Barron | 0 commentaires

Sur le plateau du MPAA, le danseur et chorégraphe Olivier Dubois compose un face à face entre un chœur de trente danseurs amateurs et le danseur Sébastien Perrault. « Les mémoires du seigneur » exhibent, à travers trois tableaux, la gloire et la chute d’un homme de pouvoir.

Note de la rédaction :

Le plateau plongé dans l’obscurité laisse apparaître dans une soudaine éclaircie le corps  statique de Sébastien Perrault. Pendant de longues minutes, il nous fait face, créant l’attention et l’écoute. S’installe alors un nouvel espace temporel, celui du pouvoir. Cela ne fait aucun doute, c’est le seigneur des lieux qui nous accueille aux portes de sa gloire.

C’est une lutte intérieure et collective qu’imagine Olivier Dubois à travers les différents temps du pouvoir : la gloire, la chute et l’adieu. Il met face à face un roi et un chœur, qui prend tout à tour la forme du peuple, du double mais aussi de l’ennemi. Malgré l’impression grouillante des tableaux de groupe, des courses effrénées aux entrelacs de corps,  ce qui traverse cette pièce, c’est l’homme réduit à sa solitude. On ne peut s’empêcher de penser aux figures shakespeariennes à la vue de cet homme traversé par les affres du pouvoir. Il y a du Richard III dans ce personnage interprété par ce brillant danseur, qui passe du monstre à l’agneau, de la lenteur retenue à la transe mystique.

Cette course effrénée, portée par une musique librement inspirée d’un morceau des bloodybeetroots trouve sa ligne chorégraphique dans l’utilisation du souffle. Le corps du seigneur trouve son écho dans le corps vibrant du chœur, formé par 30 danseurs amateurs masculins. Ces corps épars forment une masse homogène qui s’anime de mouvements organiques. La horde se soude quand vient le temps de l’insurrection, se relâche quand le pouvoir divise. C’est une véritable chorégraphie de la respiration, tout en diastoles et en systoles,  qu’orchestre Olivier Dubois. Ce spectacle appel à l’imaginaire, convoquant de nombreuses visions. Celles-ci s’impriment sur ce plateau nu et sombre, dont le seul élément scénographique est une table, à la fois tribune et autel sacrificiel.  On y voit  des réminiscences du Boléro de Béjart se mêlant à  des visions de l’Enfer dignes de  Jérôme Bosch.

Le danseur et chorégraphe qui a pris la direction du Centre chorégraphique national de Roubaix en janvier 2014,  dirige une école qui compte  près de 200 élèves. Pas étonnant pour celui qui s’était fixé comme mission « d’associer tout le monde à des projets d’artistes » d’avoir relevé le défi de la MPAA. La maison des pratiques artistiques amateurs, située au cœur du Marché Saint Germain, a pour moteur la valorisation des pratiques amateurs. Elle fait appel à de nombreux artistes, tels que Pierre Notte ou encore Thomas Lebrun. Pour le chorégraphe de Tragédie, présenté au Festival d’Avignon en 2012, faire sortir la danse de son carcan est une mission, à la fois militante et esthétique.

Le spectacle Les Mémoires d?un Seigneur sera repris les:

1er et 2 avril 2016 à Bezons (Théâtre Paul Eluard – Festival Escale en Val d?Oise), puis les 13 et 14 mai 2016 à Rotterdam (Hollande).

Visuels: C François Stemmer

 


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