Olivier Dubois et Adam Linder ouvrent sans éclat les rencontres chorégraphiques de Seine Saint Denis

7 mai 2014 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Hier s’ouvrait la vingt-neuvième édition des Rencontres chorégraphiques de Seine Saint-Denis. Ce concours de danse, devenu biennale puis rencontres impose depuis des décennies une ligne programmatique forte, permettant à un public affamé de danse de découvrir ce qui fait l’avenir de la discipline aujourd’hui. Adam Linder a ouvert le bal, suivi d’Olivier Dubois. Grosse déception.

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19h30-Adam Linder

Dans une tendance très forte depuis quelques années, ce spectacle, Parade, vient réactiver une archive. En 1917, Jean Cocteau crée un spectacle, Parade, qui suscite le scandale. Pièce en actes, musique de Satie, rideau de scène peint par Prévert, et une chorégraphie, en pleine guerre qui invente la modernité. Nous sommes dans cette période faste qui voyait danser Vaslav Nijinski.
Lors de la première, au Châtelet, le 18 mai 1917, le décor nous invite au cirque et sur scène, des artistes cherchent à faire entrer le public sous le chapiteau. On trouve des acrobates, un cow-boy… A l’époque, le spectacle énerve un public peu habitué à un ballet peu conventionnel.

Retour en 2014. L’Australien devenu berlinois, Adam Linder transpose la scène (selon lui) dans un musée d’art moderne. En réalité nous avons devant nous un décor tout à fait toc, en faux marbre, ponctué de dodécaèdres vert pomme. Comme en 17, Linder appelle trois danseurs, les managers, à attirer le chaland.
Nous voici face à trois pantomimes, Adam Linder lui-même, Kotomi Nishiwasaki et Delphine Gaborit qui sous la voix en anglais s’agitent dans le but de séduire le public
« Le grand succès du rire et de la peur, le plus beau théâtre du monde, la plus belle scène au monde, les plus beaux spots lights au monde. Attention madame, monsieur, l’ennui vous guette. Vous somnolez et vous ne le savez même pas. Debout ! Entrez ! Entrez ! »

Un trio, puis trois soli, tous sans âmes, viennent dans un geste qui s’inspire fortement de la danse classique mais qui tente de s’en extraire, s’approcher de nous pour nous happer, sans y parvenir. La danse se vide de sa sensualité, l’humour ne prend pas, le jeu n’est pas à la hauteur de la géniale idée qu’était la restitution d’une œuvre.

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21h-Olivier Dubois

On attendait beaucoup du nouveau directeur du Centre Chorégraphique National (Roubaix), celui qui avec Tragédie avait fait avancer de dix pas en avant la danse contemporaine en proposant, par un ballet techno, où une vingtaine de danseurs se croisaient nus sans se voir ni se toucher, un portrait de notre société absolument époustouflant, celui qui avec Souls était allé chercher aux entrailles de notre civilisation, vient avec sa nouvelle création, Élégie, toucher les ailes des anges.

Olivier Dubois est un maître de précision et c’est un travail de titans, millimétré qui est proposé ici. Dans une cage opaque sur les côtés, un ange (gentil) tente d’échapper aux « anges ténébreux ». L’un est à demi-nu, la foule est-elle toute vêtue de noir, visage compris.

Au commencement, dans un vrombissement parfait, un danseur est avalé par le groupe, il en ressort, tente de prendre le pouvoir, les chevauche, les escalade. La danse est ici athlétique et pointue. La performance est totale, faite d’équilibre et de contorsion.

Mais, le spectacle se fait grandiose voir grandiloquent. L’association de la musique, des fumigènes, des expressions très théâtrales des visages des anges découverts, l’opposition blanc/ noir pour dire le bien et le mal, tout cela dessert un propos passionnant. Dubois revient encore et toujours à l’éternelle question qui le taraude, celle de la naissance de l’humanité mais son clair-obscur aux accents parfois scientifiques (sommes-nous ici, face à la création du monde, dans une restitution chorégraphique de la naissance d’Adam, puis d’Ève ?), perd fortement en élégance. Ici, tout est trop montré, trop dit, trop expliqué. L’imaginaire se retrouve étouffé par la fumée. La mélancolie magnifique des premiers instants, laisse rapidement place à un ennui oppressant.