(M)imosa : Harrell, Chaignaud, Bengolea et Freitas back in the cabaret

14 avril 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Le Centre National de la Danse, à Pantin ( à prononcer à l’américaine « pannt’Un » ) se met à l’heure New-Yorkaise en offrant un portrait au touchant chorégraphe et danseur Trajal Harrell. L’occasion de voir ou revoir l’immense (M)imosa, ce show de drag queens qui rassembla il y a 5 ans ceux qui allaient devenir les références de la performance et de la danse contemporaine aujourd’hui.   Ce soir à 20H30.

Avant M(Imosa), en guise d’introduction, Trajall Harrell nous invite, en nous saluant un par un, et en nous serrant la main, à nous asseoir sur le  tapis de danse pour participer à XS, l’une des performances de la série pensée pour le CND : Twenty Looks or Paris is Burning at Judson Church. Lui qui fut l’élève d’Yvonne Rainer, fer de lance de la danse minimale, s’est intéressé rapidement au voguing, aux exubérances, pour les mêler à la « danse contacte » pensée par le mouvement dit de la Judson Church qui a rassemblé Steve Paxton, Lucinda Childs, Trisha Brown….XS nous impose une lecture qui nous entraîne dans une réflexion sur les ponts entre la performance et la dance « populaire » des milieux gays, blacks, avant l’arrivée du Sida.  Harrell nous immerge ensuite dans une pénombre. On a la sensation d’être dans sa chambre, dans sa tête, à avaler les mouvements iconiques de la danse du XXe siècle.

On sort de là sonnés, et on entre de plein fouet, chez (M)imosa. Elle est multiple, transgenre, noire et blanche, rockeuse ou diva. Mimosa Ferrera se présente à nous sous toutes les coutures, des plus discrètes (Trajal Harrell) aux plus excentriques ( à égalité François Chaignaud, Cecilia Bengolea et Marlene Monteiro Freitas).  C’est un show de drag des plus classiques, c’est-à-dire complètement désinhibé, complètement désespéré.

Les quatre sont prêts/prêtes à tout pour être, pour faire. Elles/Ils sont le show dans un mix fait d’impros, de prises de risques sans filet, de moments de cabaret pur. On y croise des stars ce soir-là. Prince, Kate Bush… Tout New-York , tout Limoges et tout le Portugal est à Pantin ramené sous les semelles des talons rouges englobés dans la combinaison beige totale de Cecilia Bengolea, qui la transforme, bestiole, en Sylphide blanche au tempo hip hop crade.  Il y a le désespoir des travelos. Marlene Monteiro Freitas ne s’y trompe pas en nous offrant un solo où elle s’enlaidit, joue les bêtes de scène et semble hurler « regardez-moi ! ».

Les descentes d’escaliers de François Chaignaud sont divines. Longue robe, fourrure, ongles faits et bijoux partout.  Il y a ici des créatures et des apparitions, un concentré de liberté qui ne peut avoir lieu qu’entre ceux qui s’autorisent.

Au-delà des fous-rires, et du « Show », (M)imosa est surtout une sacrée leçon de danse qui convoque aussi bien Nijinski ( incroyable Chaignaud) , le Twerk  (Cecila Bengolea), la samba (Marlene Monteiro Freitas), le voguing ( Trajal Harrell).  Comme dans tous les spectacles qui suivront (M)imosa, on retrouve une implication physique de forçat. Il y a ici les pointes de Dub Love, les fluos et les transpirations de Altered Natives’ Say Yes To Another Excess ? TWERK, il y a le kitsch des opérettes que l’on retrouve dans Sous l’Ombrelle

(M)imosa se place dans un mouvement fort de la danse contemporaine, que Jérôme Bel a largement contribué à faire circuler, cette idée que la danse non académique a non seulement sa place sur les plateaux mais qu’elle peut, surtout, et c’est là l’apport, être un académisme. Twerk, voguing, cat-walking permettent un  glamour absolu et en même temps une déchéance totale. Mimosa Ferrera est la drag parfaite, un peu « Bitch », un peu en manque de câlins, alors en partant, on la salue poliment, on lui dit merci et on réécoute Kate Bush, « Wuthering Heights ».

Visuels : ©DR


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