Michele Rizzo et Arno Schuitemaker aux Rencontres Chorégraphiques

1 juin 2016 Par Kevin Depessemier | 0 commentaires

À l’occasion des Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, nous avons assisté aux représentations de Michele Rizzo et Arno Schuitemaker au Colombier, à Bagnolet. Ces deux chorégraphes en résidence à l’ICKamsterdam ont fait leurs premières représentations en France à l’occasion du festival. Entre amour du clubbing et amour tout court, découvrez l’univers de ces chorégraphes dans l’air du temps. Ces performances s’inscrivent dans la lignée des pièces répétitives. Fase d’Anne Teresa De Keersmaeker ou bien The Dog Days are Over de Jan Martens ne sont pas si loin.

HIGHER, Michele Rizzo

Noir profond et lumière orange, personne. Juste une douce musique mystérieuse, avec un simple spot qui illumine un léger brouillard. Au fur et à mesure, la cadence accélère, la musique se tinte de basses, un danseur s’installe sur la piste, puis le suivant, jusqu’à être trois sur cette piste sombre. La musique s’épaissit, les danseurs tournent autour de la salle, bouge au fil des basses, se regardent, s’attirent et se repoussent de par ce même regard. Finalement, un alignement se forme et le trio se synchronise dans un ballet, une répétition de motif que les danseurs s’octroient pour l’imposer dans une rave des années 90, compressée dans un nouveau format. La musique s’accélère, les pulsations et l’intensité suit le mouvement, là où seulement les pieds jouaient un rôle, les bras s’élancent et dynamisent le plateau, jusqu’à la fin de la soirée.

Un hommage de la part du chorégraphe et danseur au clubbing, ce moment d’amusement et de défoulement nocturne, Michele Rizzo, accompagné par Max Goran et Juan Pablo Camara, se l’appropriât pour lui donner une dimension contemporaine, la danse se passe sur la totalité du plateau, aussi loin que proche du public qui bouge au rythme du son. Une réelle découverte et un gros coup de cœur pour ces danseurs originaires à la fois de l’Italie, de la Suède et de l’Amérique latine, mais tous rapprochés par ces danses populaires.

Together _ till the end, Arno Schuitemaker

Des silhouettes apparaissent dans la pénombre, le plateau ne présente aucune lumière. La musique s’avance doucement, fracasse le silence de la salle et les lumières laissent peu à peu apparaître deux hommes. À tour de rôle, ces derniers apparaissent et disparaissent, des mouvements coordonnés et abrupte, tel un démembrement qui deviens de plus en plus sauvage. La synchronisation se perd au fil de la performance et devient une forme de rejet l’un de l’autre, un rejet qui n’est pas mutuelle, plus celui d’un besoin et d’un dégoût, les lumières forment des ombres qui s’entrechoquent mais aucun contact des danseurs. Cette discontinuité perdure et on ressent la fatigue, la sueur gicle, l’effort se fait éprouvant, la musique laisse place à l’éprouvant souffle des deux figures qui reviennent peu à peu à cette continuité. Ils s’agitent, se tourne autour puis se fixe, les regards se croisent, les mots ne sortent pas mais ces regards suffisent. L’attraction les lies à nouveau, le sourire aux lèvres, la pénombre regagne le plateau au fil de la respiration…

Cette transe que nous offrent Mitchell-lee van Rooij et Quentin Roger, chorégraphié par Arno Schuitemaker, diplômé de science, repousse les limites du corps. En synchronisant et déphasant ses danseurs, Arno semble exprimer à la fois l’attachement, le rejet, la non-réciprocité, des mouvements circulaires que l’on répète parfois en vain pour démontrer l’acharnement, une boucle interminable qui est formée par les deux danseurs. Intense mais à la fois cruel, tant l’essoufflement des deux danseurs se fait sentir. Une chorégraphie qui retranche les danseurs dans leurs dernières forces – un peu semblable à Folk’s dans son acharnement et ce besoin de repousser les limites physiques – et amène le public dans cette relation jusqu’à la fin.

Visuel : © DR – HIGHER, Michele Rizzo


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