Mélissa Laveaux au Tarmac : la chanteuse canadienne signe un spectacle inédit

18 juin 2018 Par
Bénédicte Gattère
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Et parfois la fleur est un couteau, le spectacle musical inédit de l’auteure-compositrice et interprète Mélissa Laveaux, présenté au Tarmac, a séduit son public par ses rythmes créoles, jazz et afro-rock.

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Un peu plus alléchant sur le papier qu’il nous a en réalité transportés, le concert se concevait autour d’un personnage de femme forte, Azu. Incarné par la chanteuse canadienne – qui travaille et vit aujourd’hui à Paris –, le spectacle péchait par une mise en scène un peu trop attendue, malgré la belle énergie des quatre autre musiciens qui accompagnaient Mélissa Laveaux. Et malgré les toiles graphiques réalisées spécialement par l’artiste plasticienne Kapwani Kiwanga, mais pas assez exploitées dans une scénographie que nous aurions aimé un peu moins sage. Azu, sirène, oscillant entre le fantôme de Jeanne Duval, la muse de Baudelaire, et une ancienne esclave des plantations en fuite est une femme vengeresse, qui rappelle la déesse Iemanja, orisha (ou « divinité ») des eaux chez les Yorubas. Rattachée aux cultes vaudous, cette dernière est désormais incontournable au Brésil et dans les Caraïbes. On suit Azu dans ses pérégrinations, au fil des chansons. Elle est là pour faire ressurgir du fond des mers ,– de l’Atlantique noir plus particulièrement, à n’en pas douter – les mémoires oubliées. Elle qui dira de l’Histoire : « J’existe pour la corriger » nous emmène à la rencontre d’autres personnages, un panel éclectique allant de la sculptrice afro-américaine et amérindienne Edmonia Lewis à Jean-Michel Basquiat.

Convoquant de nombreuses figures, le spectacle ne parvient pourtant pas tout à fait à les faire exister sur scène. Heureusement, la voix douce et rauque de la chanteuse montréalaise nous transporte au-delà de la narration qui était censée prévaloir dans ce spectacle. Chacun venu.e avec son univers, rock ou même reggae, les musiciens qui l’entourent en font également en toute la richesse. Une belle cohésion et une grande complicité semble les unir. Que ce soit la batteuse Christiane Prince, le bassiste Sébastien Richelieu, la sémillante claviériste Juline Michel ou le guitariste-humoriste-conteur-danseur inoubliable Djeuhdjoah : tous nourrissaient le spectacle et lui apportaient sa magie. À ne pas oublier également, Nathalie Ahadji, saxophoniste jazz ; bref, chacun.e se complétaient et apportait sa touche. Ayant visiblement pu apporter leur propre part de créativité au spectacle et venir avec le background de leurs univers respectifs, cette belle synergie faisait plaisir à voir…et surtout à entendre ! Par son originalité et sa volonté de porter un répertoire créole revisité, Mélissa Laveaux, invitée du dernier Printemps de Bourges, reste une auteure-interprète à suivre.

Visuel : affiche du spectacle par Element-s