Les Fragments Mobiles ou la course vaine d’Yvann Alexandre

7 février 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Cela aurait dû être un événement. Le très bon festival Faits d’Hiver en association avec Le Centre des Monuments Nationaux présentait la première de Les Fragments Mobiles, une création pour 27 interprètes sous les ogives de la Conciergerie, dans le cadre de Monuments en mouvement. Un spectacle bien trop amateur.

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Courir, sauter, chuter et marcher sont des fondamentaux de la danse. Ces quatre actes sont même au cœur des travaux de nombreux chorégraphes. Parmi les spectacles récents, commençons par citer les courses d’Anne Teresa de Keersmaeker dans Work/Travail/Arbeid car elle nous enseigne que courir de façon chorégraphique n’est pas le même geste qu’un acte sportif. Sur le saut, il faut regarder le travail fascinant de Jan Martens sur le rebond, ce pas qui permet par le mouvement de rester en place. Sur la chute, l’image qui nous vient est plus ancienne, et nous entraîne en 1987 avec Fall After Newton de Steve Paxton. Sur la marche, il faudra suivre Gregory Stauffer qui, avec Walking repense l’acte même de poser un pied devant l’autre.

Loin de nous l’idée de faire une leçon de danse, juste de se questionner. Comment Yvann Alexandre, formé entre autres au CCN de Montpellier, maître de l’abstraction a pu commettre cela ? « Cela », c’est le vide. Un spectacle creux, qui ne dit rien et accumule les erreurs dignes d’un amateur. Écrasé par l’espace de la Conciergerie, le chorégraphe multiplie les fautes. La première est de faire asseoir le public alors qu’une déambulation aurait permis un changement de point vu bien plus intéressant que ce jeu de cache-cache avec les larges piliers. La seconde est le choix de l’écriture chorégraphique faite de courses très mal exécutées où le corps ne tient pas sa ligne avec des alternances de pas de deux basiques et des vrilles non abouties. Si les interprètes sont des professionnels et des amateurs issus de de Science Po Paris et ACTS cela n’explique pas les problèmes de postures non tenues et les respirations non maîtrisées. Souvent la chorégraphie fonctionne en miroir alors que là aussi il aurait été plus pertinent de ne pas donner les mêmes choses aux spectateurs, de profiter du lieu et de son espace pour diviser les programmes. Le seul vrai moment de danse pure est sans doute le premier, celui qui fait entrer les danseurs en pleine lumière, en file indienne, d’une façon telle qu’il est impossible de les compter. Les 27 paraissent être 50.

Sur le programme de Faits d’Hiver on peut lire : « Le chorégraphe y invente une manière de cerner les danseurs au plus près, de capter ce que cet acte hors scène transmet et transcende. Ce lieu, inédit, offre au chorégraphe et aux danseurs une palette infinie de jeux d’espaces tel un palais des glaces. Il conduit ces hôtes vers les surprises d’un menu de grâce et de gestuelle. Une entrée élégante en mouvement ». Nous n’avons pas vu le même spectacle. Aucune invention n’est ici amenée et aucune surprise ne vient nous sortir de l’ennui. En manquant de rythme, d’audace et de beauté, Les Fragments mobiles restent statiques.

Photo © Fabrizio Clemente

Du 6 au 8 février à la Conciergerie

 


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