Le Déplacement fragile et figuratif de Mithkal Alzghair

20 septembre 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Mithkal Alzghair avait été l’une de nos révélations au Off d’Avignon en 2016. Il proposait alors un extrait de son trio, présenté pour l’occasion en solo, Déplacement. La guerre était là à nue devant nous. Qu’allait devenir la pièce en format plateau ? Le résultat, décevant, est à voir au Théâtre de la Ville. La seconde, et dernière représentation a lieu ce soir. 

de?placement, mithkal alzghair, teaser from Mithkal Alzghair on Vimeo.

Il est l’un des lauréats du concours Danse Élargie dont les résultats se livrent jusqu’au 23 septembre dans la salle des Abbesses. Ce concours génial a été créé par le Théâtre de la Ville et le CCN de Rennes-Musée de la Danse, en partenariat avec la Fondation d’entreprise Hermès.  On attendait donc beaucoup de Déplacement.

Alors, tout commence comme on l’avait vu dans la nudité brute du jour dans la cour de La Parenthèse.  Le chorégraphe syrien en exil raconte son histoire. Déplacement est un pas qui commence par une image : celle de deux bottes qui attendent. Lui les chaussera puis orchestrera une marche militaire extrêmement et volontairement raide. Puis il sera toutes les étapes de la Révolution syrienne. On le verra à genoux, on le verra en position d’exécution, puis au sol mourant cherchant la paix. Lui qui a étudié à la fois en Orient, à l’Institut supérieur d’art dramatique de Damas et l’Occident,où il a suivi l’excellente formation  ex.er.ce du CCN de Montpellier manie à la fois les deux codes. Il pioche dans les pas folkloriques aussi bien que dans les suspensions très contemporaines et occidentale.

Le corps maigrissime, le regard apeuré, il incarne au premier degré ce qu’il a traversé. Malheureusement. Toute la question est là : comment transcender, comment dire l’horreur de l’exil sans être dans le récit documentaire ? Le travail vidéo de Guy Cassiers dans Grensgeval venait écraser la danse elle aussi un peu premier degré de Maud Le Pladec.

Est-il impossible de danser l’exil ? De traiter le sujet comme tout autre objet difficile à porter ? Le problème majeur est finalement ailleurs. Ce qui manque terriblement à Mithkal Alzghair est une direction chorégraphique. Quand le solo devient trio (Il est rejoint par Rami Farah et Shamil Taskin) la proposition devient répétitive sans atteindre la force que cet exercice impose. Scène de noyade, de fusillade, tout devient lisse alors que la violence devrait nous saisir.

Le geste n’est pas aussi fort qu’il le prétend, sa traduction du conflit et son récit autobiographique manquent de puissance. Quel dommage.

Visuel ©Musée de la Danse