Le Ballet National de CUBA à Pleyel.

9 juillet 2017 Par
David Rofé-Sarfati
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Après dix ans d’absence, le Ballet National de Cuba, toujours dirigé par Alicia Alonso la Prima Ballerina Assoluta cubaine, revient à Paris. L’occasion pour nous de vérifier le rapport de ce Ballet national avec la France, avec la diva, avec la danse internationale. Et la virtuosité de ses danseurs.

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Dans la rénovée Salle Pleyel sont programmés durant le mois de Juillet Giselle, chef-d’œuvre de la danse romantique, dans sa version historique d’Alicia Alonso, et Don Quichotte. Nous avons assisté à Giselle. Le ballet créé il y a plus de cinquante ans est l’emblème de cette compagnie.
Née le 21 décembre 1920 à La Havane, Alicia Alonso est une légende vivante de la danse. Elle débute aux Etats Unis. En 1941 elle est engagée en tant que soliste au Ballet Theater de New York. Elle y entame une des étapes les plus brillantes de sa carrière en interprétant les grandes œuvres du répertoire romantique et classique. Cette même année, on lui diagnostique un décollement de la rétine : elle doit rester allongée trois mois dans le noir pour préserver ses yeux. Elle continue à exercer ses pieds «pour les garder en vie». Trois interventions chirurgicales sans succés l’obligent à garder le lit un an. Dans son lit elle répète tous les ballets avec ses mains. De retour au Ballet Theater, elle incarne dès 1943, au pied levé, une Giselle si inoubliable qu’elle est immédiatement nommée «Principal » (étoile). En 1948, elle rentre définitivement à Cuba où elle crée sa propre compagnie le Ballet Alicia Alonso et une école. De nombreux danseurs du Ballet Theater la rejoignent. Tout en continuant sa carrière américaine et internationale elle monte et se produit dans sa propre version de Giselle à l’Opéra de Paris.
A Cuba dans les années 1950, le dictateur Fulgencio Batista lui mène la vie dure. En 1956, elle ferme son école et part aux Ballets Russes de Monte-Carlo avec Igor Youskevitch avec lequel elle forme un couple légendaire. Elle y reste jusqu’en 1959. En arrivant au pouvoir, Fidel Castro lui demande de revenir avec la promesse de subventions annuelles pour fonder une nouvelle école et le Ballet National de Cuba qu’elle dirige encore aujourd’hui.
Figure emblématique de la danse cubaine, elle est l’une des grandes Prima Ballerina Assoluta du XXe siècle. Ses versions chorégraphiques des grands classiques (Giselle, Grand Pas de Quatre, La Belle au bois dormant, Don Quichotte…) sont mondialement connues, et ont été interprétées par les Ballets de l’Opéra de Paris, de Vienne et de Prague, ainsi que par le Ballet San Carlo de Naples ou celui de la Scala de Milan.
C’est donc un monument de la danse internationale que Pleyel accueille à Paris après dix d’absence.
Alors que la production est minimaliste, presque désuète, alors que les lumières les décors et les costumes sont conformes aux années 70 plus qu’aux innovation du 21eme siècle le focus est attentif à la puissance de la danse, à sa discipline et son habilité ; à son art. On retrouve le pas de dix originel qui plait tant aux affidés de Giselle. Le ballet est là une réussite admirable. Les cubains savent danser, Sadais Arenbicia, Raul Abreu Yoel Carreno sont magiques d’aisance, Yolanda Correa (Giselle) est divine. Comme Anette Delgado, Osiel Gouneo, Dani Hernandez, comme Grettel Morejon à l’épaisseur rare, comme Rafael Quenedit Patricio Revé et Viengsay Valdés Luis Vaelle ; comme le reste de la troupe dont on admire la perfection, l’aisance signe d’une austérité que l’on devine et d’un profond respect du ballet et du public. Les pas les maintiens les réceptions et les synchronismes sont aussi parfaits que beaux, souvent émouvants.
Au premier acte un spectre apparaît au fond de la scène quand la mère de Giselle évoque les Wilis du deuxième acte. Le Wilis sont les créatures fantastiques de la mythologie slave, ils sont la version slave des dibbuks de la mythologie juive. Les willis indissolublement liées au ballet Giselle sont les jeunes filles mortes le jour de leur mariage. Leur destin contrarié les condamne à revenir visiter leur fiancé.
Toujours au premier acte la scène de la Folie reste sobre et les pas de danse déséquilibrés, faussement hésitants, poignants se brisent comme la raison de l’héroïne. Le deuxième acte est intense, infiniment léger et vaporeux; il nous transporte littéralement dans l’autre monde, le monde imaginaire. Cet acte est hallucinatoire parfois psychédélique. Il est l’acte de l’émotion. Chaque scène de groupe est un ravissement et le public applaudit à tout rompre à chaque tableau de ce cœur, à chaque solo de Yolanda Correo.

Un magnifique spectacle qui honore la danse, et ravi le public. On attend le Don Quichotte pour retrouver la virtuosité de la danse cubaine. On dit qu’à Cuba, le Pas de deux final soulève la salle dès les premières notes !

Giselle
vendredi 7 juillet à 20h
samedi 8 juillet à 15h et 20h
dimanche 9 juillet à 15h
mardi 11 juillet à 20h
mercredi 12 juillet à 20h
Don Quichotte
samedi 15 juillet à 15h et 20h
dimanche 16 juillet à 15h
lundi 17 juillet à 20h
mardi 18 juillet à 20h
mercredi 19 juillet à 20h
jeudi 20 juillet à 20h