Le Ballet de Lyon s’empare du Théâtre de la Ville

24 février 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Disons que c’est un programme dont on peine à comprendre la cohérence. Confrontation des genres et des époques, allant du pire au meilleur, le focus sur le Ballet de Lyon donné au Théâtre de la Ville laisse un gout amer de demi-teinte sauvé par une deuxième partie qui tient du chef-d’oeuvre.

Note de la rédaction :

Ce sont quatre programmes qui sont présentés ici, tous ayant comme lien le fait d’être dansés par les danseurs du Ballet de Lyon. Au programme, de la jeune création et des reprises, soit dans le bon ordre :  la création de Tânia Carvalho Xylographie, celle de Emmanuel Gat Sunshine (2014), et les pièces de Lucy Guerin, Black Box (2013) et de William Forsythe, One flat thing, reproduced (2000). Impossible de faire le lien entre ces quatre courtes pièces si ce n’est l’époque,elles datent toutes du XXIe siècle et l’interprétation, elles sont toutes dansées par le ballet de Lyon.

Tout commence sur la pointe des pieds pour finir dans une violence. De Tânia Carvalho  à William Forsythe. Chez Carvalho l’imaginaire nous ramène à la pop culture. On pense à Thriller de Jackson et à la Famille Adams devant ces danseurs isolés par groupes de couleur ( Noir/Rouge/Beige). Ils arrivent un par un sur la pointe des pieds. Les corps sont arqués, les épaules entrés, et sur les visages, le rouge à lèvres a bavé, leur donnant une mine patibulaire. S’ensuit un ballet de fantômes qui traquent une lumière glauque. Volontairement les déploiements sont raides et  Carvalho  n’est jamais aussi forte que quand elle joue sur le fil du rasoir entre mauvais gout et génie. Alors, on déhanche et on fléchit le poignet pour cette danse des morts-vivants à l’humour féroce.

S’ensuit une magnifique déception avec Sunshine d’Emmanuel Gat. L’idée de départ est formidable et là encore pleine d’humour. Un groupe, en tenue de ville, papote. Puis ils se mettent à danser en technique jazz, les chemises ouvertes sur les t-shirts flottent, et les grands jetés alternent les pirouettes dans un geste qui rappelle la danse américaine d’Alvin Aley. Gat hésite entre la performance et la comédie musicale et choisit la mauvaise option. L’idée pourtant est de faire danser les artistes sur une répétition (pause déj comprise) d’un concert classique (Georg Friedrich Haendel, Water Music, Suite n°2 en ré majeur, HWV 349 ). Une bonne idée dont on se lasse vite, ennuyés par les pas d’un contemporain devenu classique au siècle dernier.

Mais rapidement, la déception Gat s’efface au profit de la révélation Lucy Guerin, ici au Théâtre de la Ville un an après l’inégal Weather. Avec Black Box elle créé la surprise dans un jeu de cache-cache à l’élégance inouïe. Ici, les danseurs se découvrent, en solo, en duo, en trio ou en groupe une fois que la « Black Box » se soulève. Le mouvement est celui d’une respiration, la boîte monte laissant apparaître progressivement un mouvement, puis elle se referme avant de se soulever pour nous amener ailleurs. Il n’est pas question pour ce groupe quasi militaire habillé en short kaki de sortir du rang, et quand l’un le fait, sa danse n’est que superbe convulsion qui le ramènera au bercail. Quels mouvements alors ? Guerin puise dans la danse de dance floor aussi bien que dans la méthode Cunnigham. Ici, ils performent en même temps qu’ils dansent. On les voit singer une Macarena, discuter puis danser comme si leur vie en dépendait. La musique ici est une traduction classique de la techno. Signée par Oren Ambarchi, elle est une boucle exponentielle et enivrante. Un véritable bijou.

Et la soirée se termine en coup de poing avec la pièce très « physical » de Forsythe, One flat thing, reproduced, créée en 2000. On connaît bien la passion qu’entretient le chorégraphe américain avec les lignes et cette pièce ne fait pas exception. Ici, les lignes sont tracées par des tables posées en rangées qui vont servir d’agrès aux danseurs devenus ici gymnaste. Le pas de deux d’entrée est époustouflant faisant virevolter dans les airs les deux danseurs, aux jambes ici tendues à l’extrême. Le résultat est hypnotique et anxiogène, pareil à une mise à mort. On est ici suspendus au risque d’une chute. Le rythme est violent, les pas sont inscrits dans la grammaire du chorégraphe, laissant peu de place à toute forme d’esthétisme par des volutes inutiles.

Visuel : DR


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