La soirée de Gala marseillais de Jérôme Bel

5 juillet 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Gala de Jérôme Bel est en passe de devenir un blockbuster. L’affaire est rare dans le monde du spectacle intellectuel. Ce fut également le cas pour Clôture de l’amour de Pascal Rambert. Joué dans le monde entier, le Gala faisait escale ce soir et ce sera encore le cas demain soir au Festival de Marseille. Le résultat est pour le moins déroutant.

 



Note de la rédaction :

Gala est une leçon de danse particulière. Jérôme Bel le racontera en bord de plateau : la structure de ce spectacle, qui dans sa première partie évolue du « Ballet » à « Mickaël Jackson » en passant par la « Valse » ,est toujours la même. Il traduit : « Tout le monde sait ce qu’est un tour, la pirouette en est la forme savante », « tout le monde sait sauter », c’est le jeté, il en va de même pour la danse à deux et la danse pop. Il dévoile sa méthode. Il a donc fait organiser par le Festival de Marseille un étrange casting. Il s’agissait de trouver des interprètes collant aux profils : deux danseurs professionnels, deux amateurs, un trisomique, une handicapée en fauteuil, deux adolescents, deux enfants, deux personnes âgées. De ce fait, la galerie d’images constitue quasi mécaniquement un témoignage de société. Il est étonnant de voir que, comme pour la version parisienne,, les profils se ressemblent. Mais le spectacle, lui, est différent.
Gala vient additionner des singularités pour créer un groupe. On est dans l’opposition des formes classiques en danse contemporaine. Ici, tout s’entrechoque : les âges, les couleurs, les conditions sociales.
A chaque ville sa troupe. Pourquoi ? « Ils travaillent et les enfants ont école ». Évident. Cela donne un produit brut, totalement sans filet. Ils ont peu répété et avancent sans sécurité, portés par le public qui, à Marseille, n’a cessé d’applaudir entre chaque passage. Car avant de faire groupe, Bel nous les présente, chacun dans leur diversité. Il est fascinant de voir que tout le monde danse, et que tout le monde faillit. Comment une vielle dame met par terre des danseurs « pro » avec son déhanché oriental ? Comment « un » majorette fait preuve de virtuosité hypnotique ?
Dans une salle chauffée à blanc, les danseurs ou apprentis danseurs ont eu du mal à s’affirmer, mais progressivement, la magie de la scène, celle qui vous transcende, celle que Bel montre dans son magnifique diaporama de théâtres tous différents, jaillit.
Ils sont beaux, au fur et à mesure qu’ils expriment leur talent, leur danse de groupe où chacun devient tour à tour le chorégraphe calme le jeu. Nous ne sommes plus dans une kermesse ou devant Un incroyable talent, mais bien devant un exigeant spectacle de danse.
La force de Bel est là, dans l’inversion des chemins, dans le fait de partir du populaire pour accéder à l’ultra-intellectuel. Ce spectacle se place dans la démarche d’archivage de la danse de Boris Charmatz, ici, Bel revient à l’enfance même, le moment où le tout jeune, découvre le plaisir d’un saut, plaisir qu’adulte on ne cesse de chercher sans le trouver, c’est pour cela que l’on devient spectateur de danse, pour vivre des soirées de Gala où le spectateur se voit sur scène.

Visuel : DR


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