La nouvelle création de Philippe Decouflé : Should the show go on ?

18 mai 2017 Par
Cedric Chaory
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Voilà donc Philippe Decouflé de retour en France, revenu de ses escapades à l’internationale où il a créé coup sur coup en 2016 deux musical: « Watashi wa Shingo » (Mon nom est Shingo) à Yokohama et « Paramour » pour le Cirque du Soleil à Broadway. Si on avait gardé un excellent souvenir de « Contact », gros succès chorégraphique de l’année 2014, comédie musicale dans la veine hollywoodienne tout autant qu’hommage au fameux Kontatkhof de Pina Bausch, « Nouvelles pièces courtes » déçoit. Retour sur une création dévoilée en terre rochelaise à La Coursive qui s’apprête à tourner dans plus de 80 salles dans les 365 jours à venir !

© Charles Fréger

© Charles Fréger

« Ces pièces sont reliées par le fait qu’elles sont écrites par le même auteur, interprétées par les mêmes artistes et présentées le même jour. » c’est ainsi que le chorégraphe décrit ces 5 « nouvelles pièces ». Duo, le Trou, Vivaldis, Evolution, Voyage au Japon ne présentent pas franchement de lien entre elles si ce n’est qu’elles usent et abusent des ressorts bien connus de Decouflé – ceux-là même qui ont fait son succès depuis le début des années 80 : une fusion fantaisiste d’une danse circassienne, de la musique, des costumes, des lumières et des projections d’image. Encore célébré par le (très) grand public pour sa féérique ouverture des JO d’Albertville de 92 et loué par les amoureux de la danse pour ses Codex, Shazam et autre Octopus, le Dyonisien peine ici à convaincre.

Dès Duo qui ouvre ce grand show à l’américaine, ça coince. Pénible performance chorégraphique, Duo se cherche à mesure qu’il se déroule. On y exécute les figures imposées de l’art acrobatique (clap-clap du public à chaque cabriole risquée), on y danse des pas de deux collé-serré d’un contemporain daté, on y joue du piano, on y chante une bluette, on tâte de la flûte, on danse sur un piano un pas de deux circassien, on chante une bluette collé-serré avec une flûte. On y fait tellement de choses, bien trop et ce ne sont pas les écrans surdimensionnés qui diffusent et reproduisent en version XXL ce que l’on voit déjà sur scène qui ajoutent un éclairage à la pièce.

Alors que l’on s’attend à ce qu’une piscine ou une patinoire surgissent au milieu de la scène achevant de nous montrer les multiples talents des méritants Raphaël Cruz et Violette Wanty, ce sera une humble trappe qui permet aux artistes de s’échapper et de laisser place au Trou, seconde pièce de la soirée qui laisse très peu de place à la danse. Le trou entend nous narrer l’évolution de l’homme en un temps record (sic !). Les effets vidéos looping y sont des plus réussis. Les jeux avec la trappe offrent encore de virtuoses moments circassiens. C’est beau et spectaculaire. Froid. Next.

La chaleur se fait sentir avec Vivaldis, costumes chatoyants en laine inspirés des tenues traditionnelles nigériennes oblige. Les huit artistes y développent tout leur talent d’interprètes via une technique assurée sur des variations chorégraphiques au son d’un ensemble chamarré de musiques de Vivaldi. « De la danse pure, portée par la musique » nous renseigne la note d’intention. Soit mais là encore un goût de déjà-vu empêche toute adhésion comme ces jeux qui s’engagent au tour d’une barre classique – qui ne tardera pas à devenir un agrès pour une énième série acrobaties. Re clap-clap d’un public conquis avant même le début du spectacle, le seul nom de la star-Decouflé opérant illico de tous ses charmes.

Suite et fin de cette création décidément bien longue avec Voyage au Japon, micro-comédie musicale plus proche de la série TV Palace signée Jean-Michel Ribes que celles de feu Jacques Demy. Incontestablement le tableau le plus abouti de ses Nouvelles Pièces courtes, ce Voyage se rapproche le plus du Decouflé Grand Cru. Les esprits bienfaiteurs d’Annie Fratellini, de Mandrake, d’Alvin Nikolais font parti du vol Paris-Tokyo qui se danse sous nos yeux et soutiennent Monsieur Découflé qui retrouvant sa féérie de l’étrange qu’on a tant aimé. Mais c’est malheureusement bien maigre pour hurler des Bravo à la volée, la quasi-intégralité de la salle s’en chargera pour moi. Une voix off dans le Voyage se fait entendre : « Au printemps où tout chose se renouvelle, moi seul vieillit ». Oui c’est vrai, Monsieur Decouflé. Nous vous avons connu bien plus inspiré, facétieux, merveilleux. Tous les artifices qu’offre aujourd’hui la technologie semblent étouffer toujours un peu plus votre poésie originelle.

Le lendemain de cette première, à quelques rues de La Coursive qu’on imagine archi-comble pour la deuxième représentation de ces Pièces Courtes était joué L’hommes assis d’Orin Camus au CCN de la Rochelle dirigé par Kader Attou. Une table, une chaise, une pile de feuilles blanches, un danseur hip hop en jean et t-shirt illuminé par d’ingénieux jeux de lumières. Et la magie qui opère.

Comme quoi parfois l’émotion tient à peu de chose.

Cédric Chaory.

Tournée: http://www.cie-dca.com/fr/calendrier/nouvelles-pieces-courtes