[June events] La révélation Aurélie Berland, les déceptions Kat Válastur et Alban Richard

8 juin 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Juin est le mois de la danse à Paris. Les Rencontres Chorégraphiques, Danse Élargie et bien sûr June Events. Le génial festival qui fête sa dixième édition a ce soir pris des risques, et a obtenu des bonheurs et des périls.

On serait bien mal à l’aise de trouver un fil conducteur entre les trois spectacles présentés ce mardi 7 juin. Si l’on tentait on pourrait dire : le souffle. La soirée commence tôt, à 18h, avec l’étape de travail de Aurélie Berland. La danseuse et chorégraphe reste encore méconnue alors qu’elle a notamment dansé pour Daniel Dobbels ou encore Christian et François Ben Aim. Dans un questionnement très actuel sur la mémoire et l’archivage de la danse, elle réinterroge l’absence sur les scènes des spectacles de José Limón. Ce chorégraphe mort en 1972 est totalement inconnu des spectateurs de moins de 40 ans. Il a amené la pratique d’une danse portée par le poids du corps qui reste aujourd’hui mythique, vidée de sa réalité. Aurélie Berland prépare un spectacle, Pavane, qui sera présenté au Festival June Events en 2017. Elle en présentait ce soir les prémices, Pavane miniature. Vingt minutes suffisantes pour saisir la force de cette danseuse, son rapport particulier à l’espace, son regard qui vous embarque. Les contretemps sont ici comme des préparations au geste. Le glissement d’un recroquevillement à une ouverture se fait par des à-coups délicieux. Il faudra suivre de prés l’évolution de son travail.

A 19H30, June Events s’emparait à bras-le-corps de son statut de Centre de Développement Chorégraphique en proposant Oilinity, la nouvelle création de la chorégraphe berlinoise  Kat Válastur qui avait enchanté l’édition 2015 avec Ah ! Oh ! A contemporary ritual. Elle s’attaque à un sujet lourd, celui de la quête du pétrole et en fait une traduction hybride entre une battle hip-hop et un dessin animé. Elle choisit le figuratif, quasiment le mime, en imposant à ses interprètes une danse lente et répétitive dont se dégage la peur et une lutte un peu feinte. Surjoué, le spectacle ne fonctionne pas. Le décor à mi-chemin entre le scientifique et le militaire et sa traduction en costume donnent à la pièce un effet bas de gamme peu alléchant. Les danseurs ont beau être de bons techniciens, leurs gestes trop récitatifs ne parviennent pas à séduire, et leur cheminement étonné vers la nature dans une version hip-hop de la quête du Graal n’est pas une réussite.

La soirée se termine par la création du nouveau directeur du Centre Chorégraphique National de Caen, Alban Richard. Il présente Nombrer les étoiles. Le chorégraphe est aussi un spécialiste de la musique, et c’est bien cette casquette qui prévaut ici. Il offre un superbe corpus de chants et textes médiévaux sur le désir chantés et joués par l’ensemble Alla Francesca. Le son de ces chansons oubliées ne nous est pas parvenu. Les musiciens qui jouent ces musiques médiévales sont donc toujours à la recherche de la note juste. On reprochera à ce spectacle de danse d’oublier son identité. Le concert est superbe mais les danseurs, à qui Alban Richard offre une partition faite de longues marches, de quelques lignes et de légères torsions, ne sont que les spectateurs de cette résurrection d’instruments anciens. Ici, le présent semble être happé par le passé, dans une nostalgie et un appel peu encourageant. En choisissant de garder la formulation en vieux français du titre de la chanson, Richard se place dans une dynamique de peur. Ses danseurs respirent, jusqu’à faire de leur souffle une autre musique. Mais le poids n’y est pas et les références écrasent. Sur la lenteur, Myriam Gourfink et sa Bestiole. Sur la musique médiévale, Cesena d’Anne Teresa de Keersmaeker, sur la marche et les courses, tout Carolyn Carslon. Alban Richard peine à faire sienne sa signature et sa grammaire est peu lisible. Mélanie Chollet et Laurie Giordano arrivent à dépasser la juste illustration de la musique pour apporter la douceur et la beauté recherchées. Cette beauté qui est gâchée par des costumes clairement négligés. Danseurs et musiciens sont vêtus d’un jean et d’un tee-shirt, sans vraie unité de couleur. Les pantalons sont froissés, les hauts boudinent, et le regard achoppe sur les mauvais plis plutôt que sur les jolis déhanchés et décrochages.

On retrouvera Alban Richard demain, mercredi 8 juin, à 13h au Musée Picasso, toujours dans le cadre de June Events dont la suite de la programmation vaut le détour : Maud Le Pladec, Benoit Lachambre, Fabrice Lambert… Alors, on danse ?

Visuels ( Alban Richard) :© Agathe Poupeney

Visuel (KatValastur) : ©Dorothea Tuch


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