Joëlle Bouvier fait corps avec Wagner

26 mars 2016 Par Christophe Candoni | 1 commentaire

Dans Salue pour moi le monde présenté à Chaillot, Joëlle Bouvier chorégraphie avec esthétisme et passion Tristan und Isolde, le chef-d’œuvre de Wagner dansé par le Ballet du Grand Théâtre de Genève.

L’œuvre de Richard Wagner a beau être coupée dans ses grandes largeurs et ramenée à son substrat livresque et musical, chaque plage de musique conservée fait l’effet d’un embrasement ensorcelant. C’est bien sûr le pouvoir de cette partition sublime diffusée dans un enregistrement de référence, la version de Kleiber, mais aussi le geste dense de la chorégraphe qui font culminer cet envoûtement dans des effluves de mouvements amples, étirés, souples ou tendus, de sauts périlleux, de portés spectaculaires, de courses éperdues, d’étreintes voluptueuses. Sa danse puissamment physique et expressive est passion. Elle conjugue l’amour et la mort dans chaque mouvement renversant des corps sensuels et aériens dans leur quête inlassable d’élévation qui défie la pesanteur.

Le ballet que signe Bouvier est volontiers narratif. On y reconnaît sans problème les situations et les personnages. Il se montre presque trop proche du texte lorsque par moments l’évocation poétique laisse place à une illustration littérale un peu trop appuyée. Mais la danse est magnifique car elle sollicite une force physique extrême et une disponibilité émotionnelle importante.

Sur une scène dépouillée, quelques cloisons de bois se feront parcelles à franchir, cloisons d’un abri précaire qui vole en éclats ou bien mur face auquel les amants interdits s’échangent leurs vœux. Un grand escalier s’érige vers les cintres et traduit l’appel de la transcendance des héros pour qui le trépas sonne la délivrance et l’amour éternel. Dans les limbes de la mort formés par un corps de ballet massif et reptilien, les deux solistes, telles des ombres pures et lumineuses vêtues de blanc, s’évaporent dans le crépuscule.

Joëlle Bouvier qui fut, avec son complice Régis Obadia, une figure majeure de la danse dans les années 1980-90 n’a rien perdu de son ardeur, de sa flamme et produit un beau spectacle. Ce dernier paraît néanmoins moins risqué ou turbulent que d’autres opus plus anciens. Dans son néo-classicisme teinté de gestes bauschiens, sa danse demeure vigoureuse, exaltante, tout comme l’est son héroïne, torche vive drapée de rouge, tout comme l’est sa lecture du mythe qu’elle restitue de manière passionnée.


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

COMMENTAIRES:

  1. Ping : Joëlle Bouvier fait corps avec Wagner

Laissez un commentaire: