Impressing the Czar, le ballet hors norme de Forsythe

5 janvier 2017 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Les danseurs du Semperoper Ballet de Dresde, invités pour la première fois à l’Opéra de Paris, ont interprété Impressing the Czar l’oeuvre folle de William Forsythe, cette pièce écrite en une nuit, du 11 au 12 novembre 1987. Une nuit démente, faite d’excès et de débordements, où la pop culture a croisé le baroque.

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Le premier plateau ressemble à une scénographie de Tim Burton. Ils sont une trentaine, tous en tenue de bal pour une partie de la scène. A cour, un jeu de dames où les pions se nomment cupidon et les frères Grimm. Mais où sommes-nous ? Une speakerine, Helen Pickett est au téléphone expliquant la composition de la scène. Le rythme est soutenu mais le résultat est daté. Nous sommes en 1987, au moment où les shows télévisés commencent à arriver. Forsythe décrypte cela. Les entrées en trombes, les jetés infinis et surtout, les images de groupe. Tout cela déborde pour nous laisser perplexe.
Puis, c’est le dépouillement, la leçon de style, avec le chef d’oeuvre In the middle, Somewhat Elevated que beaucoup ont vu en 2012 à Garnier. L’occasion de retrouver le son de Thom Willems, cet artisan de la musique métallique, compagnon de route du chorégraphe. In the Middle, Somewhat Elevated est une hallucination. Dans cette pièce néo-classique, les danseurs en académiques voient leurs muscles être dessinés par la lumière. L’armature est faite de lignes contraintes. Les portés-projetés, les marches, les déboitages, les déhanchés…Tout est ici contrarié par des lenteurs et des périls. C’est millimétré. Mais étonnamment, on a souvent vu In the middle séparé de ses trois autres parties, et le découvrir ici, dans le jus de sa pensée est une expérience folle. Car cette bombe radicale et contemporaine est entourée de trop-plein. C’est bien là que se trouve l’intérêt de cette pièce dantesque, dans le débordement. Forsythe imagine une vente aux enchères en guise de pause avant d’envahir le plateau de danseurs tous habillés en collégiennes américaines.
Le point d’orgue est en fait là, dans cette frénésie finale. 1987, c’est l’année où est réalisé le Clip « Bad » de Jackson. 10 ans plus tard, Britney Spears dansera ses saccades sur « Baby One More Time ». Entre-temps, en 1990, Madonna fera sortir le voguing du monde gay américain. Forsythe raconte cela. La façon dont la danse se fait théâtre, hyper jouée, quasi mimée parfois. Les danseurs prennent un plaisir fou dans cette danse où se mêlent jeux d’enfants et danse de club américaine.

Pris dans son ensemble, Impressing the Czar est un monument de la culture chorégraphique, à la difficulté monstrueuse car les changements de rythme et de style sont incessants. La virtuosité est époustouflante ici. C’est un jeu qui montre que la danse peut tout, même susciter la frénésie et l’ivresse.

Visuel © Ian Whalen