« Gris » : dans les apesanteurs telluriques de Myriam Gourfink

11 février 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Il est étonnant de voir que le nom de Myriam Gourfink reste enfermé dans le landernau. En 2012, elle présentait Bestiole, un chef-d’oeuvre, déjà à Pompidou. La chorégraphe n’en est pas à son premier spectacle, cela fait quinze ans qu’elle étudie le lien entre le yoga et la danse. Sa nouvelle pièce, Gris est archétypal de son geste très radical et très unique.

Note de la rédaction :

Faire joli n’est pas ce qui intéresse Gourfink. Elle parlait récemment en interviewant Nadia Vadori à Micadanses de la connexion entre l’extérieur et soi. De l’impact des couleurs, de la force de la résistance à l’air… Dans ses pièces, Gourfink n’a qu’une ligne de conduite qui prend différentes formes. Elle étudie les contractions possibles du corps rencontrant la pression de l’air qui l’entoure.

Le geste est comme toujours accompagné des vrombissements électroniques de  Kasper Toeplitz auxquels s’ajoutent les très spectaculaires jeux de pierres de Philippe Foch. Il est installé derrière une grande table sur laquelle des plaques d’ardoise sont posées. Lui les active avec des boules métalliques. Les quatre danseuses Carole Garriga, Margot Dorléans, Deborah Lary et Véronique Weil vont investir un tout petit espace et commencer à se mouvoir à l’inverse de ce qu’on le voit de façon classique. Ici, les lignes sont courbes et les trajectoires bouleversées. Elles vont par deux mais ne dansent pas un pas de deux. Elles sont chacune le soutient de l’autre. Elles se déploient, s’enroulent, se déroulent, s’empêchent, se chevauchent dans une lenteur qui est la signature de la chorégraphe. Gourfink a cette force de troubler le regard, elles bougent, mais on le perçoit à peine le mouvement. La musique ici, est tout aussi arythmique. Elle peut hostile, agressive puis, sans qu’on sache comment, elle devient comme un souffle enveloppant, comme une respiration contre la douleur, (en yoga, cela se nomme Ujjayi).

Et Gris vient faire cela, vient remplir d’énergie celui qui le regarde à condition de regarder le talent de ses danseuses avec la même concentration que nécessite une méditation.

Visuel : © Zoe? Pautet


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