Forsythe graphique, organique, magnétique

6 juillet 2016 Par Christophe Candoni | 0 commentaires

Sublime fin de saison pour le Ballet de l’Opéra de Paris à qui le chorégraphe William Forsythe offre sa dernière création, Blake Works I, une pièce d’une magnifique délicatesse, précédée de Of Any If And et Approximate Sonata. Un programme tout en tensions et en torsions, entre ondulations et élongations, qui exalte l’énergie jubilatoire et la vélocité inouïe des Etoiles comme des plus jeunes talents de la compagnie.

Dans des espaces dépouillés, sur les nappes de sons synthétiques et éthérés de Thom Willens ou la Soul suave et émotionnellement chargée de James Blake, se déploient avec effervescence et turbulence les tonalités gaies ou plus mélancoliques des corps poussés au bout d’eux-mêmes. La danse de Forsythe privilégie la vitesse, la cassure et le déséquilibre alliant sophistication et pureté d’un geste à la fois recte et souple. Les interprètes s’y sentent comme des poissons dans l’eau suivant avec flamboyance la variabilité et l’exactitude des déplacements et des mouvements.

Comme happés par l’ombre pour mieux réapparaître sous la lumière, Eléonore Guérineau et Vincent Chaillet s’échappent sans s’éviter dans une course haletante, exténuante. Ils sont éblouissants dans Of Any If And, le pas de deux fragmenté qui ouvre la soirée. Non plus un mais quatre couples se succèdent dans la deuxième pièce, tout aussi minimaliste mais plus frénétique encore. Forsythe récréé Approximate Sonata entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra en 2006. Très à l’aise et agiles dans ce répertoire, Alice Renavand, Marie-Agnès Gillot et Eleonora Abbagnato jouent de leur longue et versatile élasticité bien accompagnées d’Adrien Couvez, Audric Bezard et Alessio Carbone forts de prestance et de complicité.

Le travail intensif de Forsythe sur la déstructuration du vocabulaire classique de la danse, se poursuit dans Blake Works I au cours duquel un admirable ensemble de silhouettes bleu-gris longilignes frétillantes saute et s’affole gracieusement. François Alu, en simple tee-shirt vert et pantalon de jogging noir, cultive et impose sa singularité de brute tendre à la Marlon Brando tout droit sorti d’un mélodrame américain. Il fait chavirer Léonore Baulac avec une sensuelle nonchalance sur le délicieux Color in Anything, titre tiré du dernier album de James Blake. Hugo Marchand, Ludmila Pagliero, Germain Louvet dansent avec virtuosité sur un registre plus ironique et amusé.

D’une technique assurée et d’un naturel confondant, les corps chez Forsythe sont physiques et désinhibés. C’est vertigineusement beau. Un envoûtement permanent.

Photo © Ann Ray / OnP


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