Festival Jet Lag, 7ème édition: un autre regard sur la danse

14 mai 2016 Par Araso | 0 commentaires

Pour sa septième édition, le Festival Jet Lag propose comme d’accoutumée une vision en contrepoint de la danse à l’Etoile du Nord, ce théâtre ultra-confidentiel et pointu d’où opèrent régulièrement des personnalités qui comptent, comme François Stemmer que Toute La Culture a rencontré il y a quelques jours. Il y présente sa dernière création, « Intimité » dans une soirée combinée avec « Flip », de Sophie Bocquet, tandis que « Le Tour du Monde des Danses Urbaines en 10 Villes » créé par Cecilia Bengolea, François Chaignaud et Ana Pi est repris par la danseuse Dalila Cortes. En résumé: on redécouvre avec bonheur les danses de rue avec Dalila Cortes, on traverse un tunnel d’angoisse (et d’ennui) avec Sophie Bocquet et on est émus par la poésie des ados 3.0 de François Stemmer. 

Note de la rédaction :

Avec « Le Tour du Monde des Danses Urbaines en 10 Villes », Cecilia Bengolea, François Chaignaud et Ana Pi proposent un voyage de ville en ville à la redécouverte du hip-hop, du krump et du kuduro, cette danse angolaise qui signifie « cul dur ». Le road trip commence aux Etats-Unis dans la banlieue de LA et finit en Afrique, extraits videos et démonstration musclée à l’appui. Cette proposition, qui s’apparente à un exercice pédagogique performatif plus qu’à un spectacle, est habituellement dansé par Anna Pi. Il a rencontré un tel engouement que le trio s’est enrichi d’une collaboration avec la danseuse Dalila Cortes. Avec son physique à la Olivia Wilde, son énergie contagieuse et sa parfaite maîtrise de tous les registres de la danse urbaine, la sublime Dalila Cortes trouve son audience, quels que soient l’âge ou le sexe du public qui lui fait face. On en ressort dynamisé avec une culture enrichie et l’envie d’en savoir plus. Parfait.

L’exercice auquel se livre la chorégraphe Sophie Bocquet, en résidence longue à L’Etoile du Nord, laisse bien plus perplexe. Accent son travail sur une recherche pointue et un rendu hardu, elle s’inscrit dans la même veine qu’une Enora Rivère. « Flip », sa dernière création, raconte l’histoire d’une femme qui attend, cherche, se dispute avec son chat. Aucun doute: cette couverture en fausse fourrure noire roulée en boule sur le sol est bien un chat. Là réside tout le prodige de cette performance: Sophie Bocquet incarne tellement son personnage que l’on voit se dessiner les plus improbables des formes. On jurerait que ce masque de tête de souris est animé, qu’il est vivant et que cette (pas si) petite souris nous parle. Si l’illusion fonctionne l’espace de quelques instant, le tout manque cruellement de relief, le texte est maladroitement explicatif et interprété très en dessous du jeu physique. L’ensemble est assez faible et ennuyeux et laisse au mieux une impression de platitude, au pire un relent glauque. Mal à l’aise, enfoncé dans l’ennui, on attend impatiemment la fin des 25 minutes.

Dans la foulée, « Intimité » de François Stemmer démarre mollement, comme la voix de cet ado qui récite un poème de S.C.R.I.B.E., mi-Rimbaud mi-SMS  à son frère avachi sur le sol « Hier j’ai pécho une fille et je le raconte à mon frère ». Les filles, la drague, la musique -géniale utilisation du morceau « Antitaxi » de la Femme, les fringues, l’ennui et une certaine vacuité sont les thèmes abordés par ces deux ados qui ne vivent pas sous le même toit et évoquent leur mère avec tendresse et s’indignent. Sous une apparente nonchalance, les deux interprètes charment, chacun dans leur registre. Elias Hauter est ce jeune chien fou blessé, ivre de vie et de filles, animé d’une rage qui n’est pas sans rappeler la fougue d’un James Dean dans « La Fureur de Vivre ». Camérone Bida est le grand frère aimant, taquin et posé-du moins en apparences, danseur fou qui joue avec son frère et le déguise pour sortir en boîte. On lit des recettes loufoques, des mots projetés, on suit les silhouettes des deux frères qui errent bras dessus bras dessous dans la nuit confuse, ça dure 55 minutes et c’est beau.

Le Festival Jet Lag 7 se poursuit jusqu’au 27 mai avec notamment « Line », une création de Delphine Caron.

Visuel © François Stemmer

Programme du Festival:

Le 11 MAI – 10h et 14h30
LE TOUR DU MONDE DES DANSES URBAINES EN 10 VILLES
Chorégraphes Cecilia Bengolea, François Chaignaud et Ana Pi – Danse Dalila Cortes

LES 12, 13 ET 14 mai – 20h30
FLIP – Création
Chorégraphe Sophie Bocquet
INTIMITÉ – Création
Chorégraphe François Stemmer

LES 19, 20 ET 21 mai – 20h30
LINE – Création
Chorégraphe Delphine Caron
Représentations scolaires les 19 et 20 – 14h30

LES 25, 26 ET 27 MAI – 20h30
CERTAINES OBSCURITÉS – Création
Plasticienne Elizabeth Saint Jalmes et Cyril Leclerc


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