Festival d’automne- « Cédric Andrieux » de Jérôme Bel à l’Espace Cardin

21 octobre 2017 Par
Antoine Couder
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Dans le cadre de la quasi rétrospective que le festival d’Automne consacre cette année à Jérôme Bel, Cédric Andrieux réinterpréte « Cédric Andrieux » avec cette même force tranquille qu’en 2009, une nouvelle fois au Théâtre de la Ville.

Teatro Comunale di F errara stagione di danza 2010/11 - JEROME BEL_Francia /CEDRIC ANDRIEUX concezione e regia Jerome Bel - realizzazione e interpretazione Cedric Andrieux , 09-11-2010

Remise en question. Tout a déjà été dit sur l’oeuvre de Jérôme Bel et ce « Cédric Andrieux » en particulier qui narre l’histoire ordinaire d’un danseur extraordinaire. Brest, puis New York avec Merce Cunnigham puis Trisha Brown à l’Opéra de Lyon et, enfin, avec Jérôme Bel. Un long parcours vers plus de douceur et de bien-être raconté formellement en un peu moins d’une heure par le danseur. Un travail qui a entraîné, pour Cédric Andrieux « un changement de vie, une prise de conscience de ce que je faisais, volontairement ou pas. Et donc une remise en question profonde de ce que je souhaitais devenir ».

Autobiographie dansée. Ce qui s’entrechoque ici, ce sont les faisceaux de vie intimes, de vie rêvées qui font la grande histoire ou plutôt l’histoire de ceux qui la font, chorégraphes et historiens de la danse, danseurs et aussi peut-être, spectateurs (« the show must go on »). Cédric chez Merce Cunnigham réalisant une partie des rêves de sa mère (et de sa grand-mère qui dira plus tard, assistant aux représentations en France : « vous êtes tous des danseurs formidables mais la musique est insupportable. Il faut absolument que tu en parles à Merce »). Jérôme Bel face à Cédric Andrieux, comprenant soudain sa chance de montrer ce que souvent on ne faisait que regarder en différé (les cassettes vidéo enregistré sur les chaînes culturelles) et qui parvenait alors à construire un point de vue sur la danse en acte (autobiographie dansée), raconté par ces principaux protagonistes. « Les discours sur la danse étaient inexistants, où plutôt ils n’étaient pas partagés auprès du public », souligne Jérôme Bel.

Smartphone dance. À la fin, bien sûr, cette histoire épineuse, souvent obscure et compliquée finit par s’éclairer. À la fin, comme chacun sait, on ne danse même plus, même si radicalement on demeure danseur. Toute la question, en effet, est de savoir comment poursuivre le travail d’émancipation inaugurée par les grands maîtres de la danse de la seconde moitié du XXème siècle (une pièce sur Internet, directement accessible par smartphone, pourquoi pas ?). En attendant, puisque l’oeuvre est aujourd’hui en transition, on retiendra toutefois ce point majeur que précise Bel lorsqu’il raconte son parcours : le fait qu’il ne pouvait absolument pas rémunérer ses danseurs durant ses premiers spectacles et que ceux-ci dansaient parce que cela les « distrayait de leur routine professionnelle ». Voilà qui est sans doute valable pour tous les secteurs de métier : c’est à partir de ce modeste désir de rompre avec la stricte monotonie professionnelle que se déclenche les changements véritables.

Crédit photo : Herman Sorgeloos