Emergence imminente de Mélanie Perrier au festival ZOA

12 octobre 2013 Par
La Rédaction
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Dédié aux artistes émergents, le festival ZOA – Zone d’Occupation Artistique – s’ouvrait le 9 octobre sur la pièce de Mélanie PerrierImminence dont on aura pu observer une ébauche lors de la deuxième édition du concours Danse Elargie au Théâtre de la Ville. Reconduite sous un format plus long, et surtout présentée dans l’intimité de la salle de La Loge, le propos de la chorégraphe s’y déploie dans toute son ampleur et sa finesse.

IMMINENCE 1 - cr-dit M.PERRIERDans l’obscurité totale et tandis que les interprètes attendent sur scène, le spectateur est invité à rejoindre la salle par petits groupes afin de lentement constituer une communauté silencieuse. Imminence débute ainsi avant même le spectacle, dans le regard tâtonnant de l’assemblée qui s’accoutume au noir jusqu’à ce que l’unique source lumineuse ne dévoile deux silhouettes féminines presque immobiles. Ainsi le désir de voir créé un préalable à la chorégraphie, une atmosphère d’attente dont nous délivre la venue de l’éclairage en même temps qu’elle la prolonge. Cette unique source lumineuse – un projecteur porté à l’épaule par une autre interprète comme le serait une caméra ou une arme, coiffé d’une fenêtre rectangulaire toute picturale – devient l’extension ou l’équivalent du regard qui tantôt cherche, révèle ou masque l’objet qu’il scrute.
Imminence explore le désir et la rencontre des corps dans le temps qui précède le contact, là où se jouent de subtils infra-mouvements, où la suspension permet une intensification de la puissance gestuelle. La chorégraphie arrête le ballet traditionnel des corps – rencontre, enlacement, séparation – à l’endroit des possibles, avant l’acmé qui soulagerait cette tension entre deux individus. Danse qui joue de l’élasticité du lien, de sa résistance et des nombreuses narrations qui viendraient qualifier la relation entre deux êtres, accompagnée par un éclairage à la fois unique et multiple parce que mouvant. Chacun des micro gestes effectués par les deux danseuses, chacun de leurs positionnements dans l’espace, décrivent selon la source lumineuse une série de situations et de figures de l’«avant». Aux médaillons tendres du début succéderont ainsi des ombres expressionnistes et inquiétantes… Un visage apparaîtra en clair-obscur pour rapidement illuminer celui qui lui fait face, à quelques centimètres, nous rappelant que le désir est projection. Qu’en fin de compte il y a peut-être toujours ce troisième personnage qui rode aux alentours de la rencontre apparente, celui qui cadre le désir et qui se dévoile lorsque le couple s’éclipse, figure d’ailleurs visible un instant seulement de notre place assignée de spectateur.
En ouvrant ce qui aurait pu être un simple duo à la présence d’une tierce personne, Mélanie Perrier bascule dans le sculptural, engage tous les corps à rejoindre cette circulation des désirs autour d’une forme chorégraphique aux multiple dimensions et en perpétuelle recomposition. Car à la différence du célèbre groupe sculpté du Laocoon, jamais « l’instant fécond » n’est figé dans la matière : l’imminence de l’acmé n’en finit pas de prendre forme et semble se dilater encore après extinction de la lumière.

Sophie Grappin-Schmitt

Festival ZAO/ Zone d’Occupation Artistique Festival de danse contemporaine et de performances.
La Loge 77 rue de Charonne 75011 Paris