« East » : Trois visions extrêmes du mouvement au Ballet de Flandre

20 avril 2017 Par
Yaël Hirsch
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Ce printemps, le Ballet de Flandre proposait un spectacle mettant en avant trois grands noms « orientaux » de la danse mondiale : Kaash du londonien – bangladeshi Akram Kahn, Secus de l’Israélien Ohad Naharin et enfin, la création du chorégraphe résident Sidi Larbi Cherkaoui sur le Requiem de Fauré. Une échappée tribale, mystique et qui place le couple à l’est d’Eden.

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East commence donc par une pièce déjà classique de Akram Khan, Kaash, qui date de 2002 et prend sa source dans la pratique traditionnelle indienne du Kathak. On perçoit à peine un danseur statique, de dos, lorsque l’obscurité tombe tout d’un coup et un décor signé Anish Kapoor s’illumine comme un coucher de soleil autour de 11 danseurs tous habillés de jupes noires. Les hommes sont torses nus. L’homme statique du début ne bouge, pas tandis que les autres semblent lancer deux à deux, puis en masse humaine unifiée par un culte, avec leurs corps, dans une incantation mystique qui suit le rythme tribal de la musique de Nitin Sawhney. Il y a une grande cohésion dans cette pièce où chaque mouvement est répété avec toujours plus d’intensité et de don de soi par les danseurs et où certains danseurs se posent à temps sur le bord de la scène, statiques, dans une méditation ou une observation concentrée de leurs collègues. En silence, la danse de dos des 5 dernières minutes met en mouvement les muscles d’un danseur, comme un mystère livré à la fin d’une danse rituelle. Puissant.

Après une vingtaine de minutes de pause, l’on se laisse aisément surprendre et séduire par le bouillonnement de couleurs et de vie de Secus, de Ohad Naharin. Habillé de hauts et bas dépareillés de couleurs vives, les danseurs remplissent la scène au sol et semble nous narguer. Diverse, pop et electro, la musique éclate dans une joie de vivre très « gaga » (la méthode de danse et de vie préconisée par Ohad Naharin qui permet tout un chacun d’explorer et de laisser parler son corps). Le tableau suivant, on retrouve un couple, seul au monde, ivre de se retrouver, puissant. Puis les danseurs se séparent en trois files un peu folles et se mettent à exposer leurs fragilités, leur folies : en se frappant la tête, en levant leur T-Shirt ou en montrant leur sexe. Asymétrique, souvent peu harmonieuse, la chorégraphie de Secus est d’autant plus entraînante qu’elle semble libre, folle, authentique.

Enfin, en clou de ce spectacle dédié à l’Orient, le chorégraphe en résidence au Ballet de Flandre, Sidi Larbi Cherkaoui, proposait une version marocaine et dansée du Requiem de Fauré. Légèrement arrangée par Wim Hendericks qui lui rajoute à temps quelques beats et un peu d’oud et interprétée par l’Hermes ensemble, la soprano Amel Brahim Djelloul et le baryton Simon Schmidt, la partition de Fauré devient une grande scène de deuil publique chez Cherkaoui. Les chœurs de Flandres sont parqués derrière des structures ivoire et immémoriales dessinées par le chorégraphe tandis que les enfants du chœurs habillés en mode rétro de chérubins modèles rythment leur passage avec leurs petits pieds Côté danse, le Requiem est un peu une scène de ménage, avec une série de couple qui se portent, se frottent et n’en finissent pas de se cambrer et de se tourner autour à ras le sol, dans un remue-ciel et terre qui est certes sensuel, mais qui ne convainc pas vraiment qu’il appellent au repos éternel. Très kitsch, démesurément énergique et sexuée, ce Requiem est suffisamment monumental pour plaire au public, mais laisse les amateurs de Fauré, de danse et même de spiritualité chrétienne, un peu pantois.

On ressort de l’Opéra de Flandre un peu sonné par le trop-plein du Requiem de Cherkaoui, mais en disant que finalement, orient ou pas, messe chrétienne, rituel indien ou « gaga », c’était bien agréable de sortir de la solitude pour voir des couples au centre de la scène.

Visuel : Akram Khan © Filip Van Roe


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