Le duo Gábor Varga et József Trefeli, Shira Eviatar et le groupe de May Zarhy jouent sur le corps et ses traditions aux rencontres

8 juin 2018 Par
Solene Paillot
| 0 commentaires

Encore une iconique soirée partagée au théâtre du Garde-Chasse des Lilas pour les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis marquée par les corps en mouvement d’artistes inspirés de traditions diverses.

17854-sphoto_gregory_batardon_50a4348h

Hier soir au théâtre du Garde-Chasse des Lilas étaient présentés trois spectacles originaux : Creature des danseurs Gábor Varga, né en Ukraine, et de József Trefeli, né en Australie et tous les deux d’origine hongroise ; Eviatar/Said de Shira Eviatar et interprété par Evyatar Said puis, la soirée s’est clos avec The Voices de May Zarhy et Michal Oppenheim et de trois autres artistes, danseuses et chanteuses. Les trois performances ont chacune évoqué la beauté corporelle et ses traditions mais toujours dans un genre différent.

Creature de Gábor Varga et József Trefeli

Dès leur arrivée sur la scène, Gábor Varga et József Trefeli créent le contraste entre leurs mouvements durs, presque robotiques, et la musique ambiante douce et naturelle. Dans leurs costumes, colorés, dansants et marqué d’imprimés traditionnels, les danseurs se donnent une allure de totem. Creature vient se placer sous les signes du mystère, des traditions et des rituels des peuples. L’ensemble, accessoires, masques et démarches, est folklorique. Les danses traditionnelles qui les ont bercé depuis l’enfance, prennent forme dans les bâtons et les fouets qu’ils manipulent et explorent pour leurs sonorités et leurs spatialités plus que pour leur utilité primaire. Les différentes danses traditionnelles, parfois absurdes, qu’ils présentent, viennent se mêler à des mouvements plus contemporains et nous invitent à nous questionner sur nos sources d’inspirations. Au fur et à mesure de la performance, les artistes se dévoilent au public qui les encercle laissant peu à peu apercevoir un visage et entendre une voix qui jusque là nous étaient inconnus. Gábor Varga et József Trefeli sollicitent le public, le prennent à témoin avant de terminer leur étrange cérémonie.

Eviatar/Said de Shira Eviatar

C’est en jogging basket et t-shirt gris que l’interprète de Shira Eviatar, Evyatar Said, fait son apparition sur la scène lumineuse du petit théâtre. Les premières minutes sont silencieuses et marquées par le début d’une course, en rond, que fait le danseur. Très vite, il entame un chant traditionnel sans jamais s’arrêter de courir et on commence à s’essouffler pour lui. Il s’arrête, se tait, puis recommence. Dans sa boucle effrénée toutes les parties de son corps sont sollicitées, des poignets aux chevilles. Pendant trente minutes, nous sommes face à un corps imprégné par la musique et possédé par le mouvement. Evyatar Said envahit tout l’espace en jouant entre le son et les gestes même lorsqu’ils sont dissociés. L’individu, dans sa performance, nous fait découvrir des éléments de la culture yéménite de Shira Eviatar bousculés par des éléments contemporains. Seul sur scène, l’artiste marque sa solitude et sa différence mais il s’affirme en dérobant un regard au public, en souriant et en se rétractant. Ses déplacements et ses chants nous transposent à la fois dans un chemin à l’identité bien marquée et dans un moment de communion, de partage et d’échange.

The Voices de May Zarhy et Michel Oppenheim

Des voix, uniquement des voix au commencement de The Voices. Dans le noir total de la salle on entend des chants doux, inspirés de la nature, pendant un quart du spectacle. Le public est reposé, bercé par le son qui est le seul élément perceptible. Tout doucement une lumière orangée apparaît et nous fait découvrir les cinq corps qui jusque-là nous étaient totalement inconnus. Les femmes, danseuses et chanteuses, nous font explorer un monde ou le corps et la voix ne sont que des matières. Visuellement la pièce offre quelque chose de beau mais il faut prendre le temps de rentrer dans l’univers étrange créé par May Zarhy et Michal Oppenheim. Le travail qu’elles mènent ensemble depuis 2015 est fait pour explorer l’ensemble du corps jusqu’aux cavités invisibles amenant à la construction d’un troisième espace inconnu. Le corps est l’instrument du mouvement et du son qui se mêlent et s’ignorent. Les corps des cinq artistes forment parfois des groupes que l’on croit désormais liés pour toujours mais très vite ils se séparent pour redevenir des atomes solitaires. Pendant une heure, the Voices nous transporte dans un monde inconnu balancé par le chant et la danse et nous offre un voyage profond et sensible.

La soirée partagée est à retrouver ce soir, vendredi 8 juin, à 20h00 au théâtre du Garde-Chasse des Lilas.

Visuel : Creature de Gábor Varga et József Trefeli ©affichefestival