« DFS version Pop » : Guillaume de Machaut rencontre le Dancehall Jamaïcain chez Chaignaud et Bangolea

24 mars 2017 Par
Yaël Hirsch
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Du 20 au 22 mars, les chorégraphes François Chaignaud et Cecilia Bangolea ont adapté leur pièce créée à Genève et donnée au Festival d’automne en 2016 pour l’espace cosy de La Pop, la péniche incubatrice de talents. Entourés de 3 ballerines et d’une danseuse de Dancehall, ils ont proposé un programme libre, ouvert et participatif, où les polyphonies de Guillaume de Machaut (14e siècle français) rencontraient les figures complexes du Dancehall jamaïcain. Un nouveau moment d’exultation de la danse, du corps et de la création, qu’il était très puissant de vivre dans la coque-cocon de La Pop.

dfs

Tout commence dans le noir et des voix se font entendre, elles nous parlent de liturgie, d’un temps lointain et nous touchent au plus près. Deux corps de ballerines, classiques et sublimés par la lumière tamisée, dansent cette mélopée. Puis, le silence et les mouvements plus saccadés avant que le jour ne se fasse, que la musique ne passe sur haut-parleurs et que les 6 danseurs aussi sensuels que techniques appellent à l’exultation et une fête pop contemporaine. DFS se poursuit ainsi : Machaud, silence, Dancehall dans une suite généreuse qui n’hésite pas jouer l’esthétique du choc et à mettre en lumière la joie mais aussi la complexité d’une rencontre entre le moyen-âge et aujourd’hui, entre la danse et le chant « classiques » et la culture populaire des rues, qui passe aussi par le corps. Puis un homme apparaît sur un écran au fond de la scène, on s’arrête pour l’écouter nous donner un cours de dance. Il n’a pas pu venir de Jamaïque pour des raisons de visa mais il est tellement présent quand même que c’est sous sa houlette et celle de la « reine du Dancehall », Joan Mendy que le public est invité à prendre un cours.

Les 3/4 de la salle jouent le jeu et suivent les mouvements de la danseuse. Qui finit par organiser une vraie bataille de danse entre deux parties du public autant en mode gangsta que West Side Story: le Dancehall est né de la révolte dans la rue, et le danser même un peu, c’est ressentir sa rage et sa force de vie. Grands sourires et applaudissements et joie du partage, la danse est vraiment accessible à tous.

Même si dans la deuxième partie, le niveau technique culmine quand, les 6 danseurs enfilent des ballerines pour faire des pointes sur du Dancehall. Un exercice difficile et beau, qui amène décentre le symbole d’une discipline arrêtée avec une impertinence irrésistible. On revient à la polyphonie pour finir dans l’intimité d’une obscurité apaisante. Adaptées à La Pop, les froissements de frontières, la recherche et la liesse de DFS fonctionnent à merveille.

Ne manquez pas la suite du Printemps #2 de La Pop avec la création du Cabaret Europe par le Birgit Ensemble du 30 mars au 1ier avril 2017.

visuel : Hervé Véronèse


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